A la découverte de l’Union Nationale des Associations Burkinabé pour la Promotion des Aveugles et Malvoyants (UN-ABPAM)

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M. OULE Christophe, Président de l'Union Nationale des Associations Burkinabé pour la Promotion des Personnes Aveugles et Malvoyantes(UN-ABPAM)
L’Union Nationale des Associations Burkinabé pour la promotion des aveugles et malvoyants (L’UN-ABPAM) est un regroupement de femmes et d’hommes vivants avec un handicap particulier. Pour en savoir davantage sur cette association, votre journal Faso Amazone a rencontré son nouveau Président M. Christophe Oulé. C’était au sein de l’établissement sise au quartier Gounghin de Ouagadougou, le 15 février 2017.
Le Président de L'UN-ABPAM
Le Président de L’UN-ABPAM

Bonsoir M. Oulé. Pouvez- vous nous décliner votre identité ?
Je suis né en 1960 à Zaba dans la province du Nayala. Je suis handicapé visuel. Je suis ingénieur en génie civil (option bâtiment) de formation, métier que j’ai exercé jusqu’à la perte de ma vue. Aujourd’hui, je suis formateur en informatique adaptée au handicap visuel et président de l’UN-ABPAM

Quel a été votre parcours jusque- là ? Puisque vous semblez être méconnu du grand public.
C’est vrai, je ne suis président que depuis fin octobre 2016 à l’issue de l’Assemblée Générale de notre organisation. Au paravent, j’étais le secrétaire général (de 2008 à 2016).
J’ai perdu la vue en 2003 et je suis venu à l’ABPAM en 2004 pour ma réadaptation. J’ai suivi une formation en braille afin de pouvoir continuer à lire avec mon handicap et une formation en mobilité et activités de la vie journalière pour me déplacer et mener des activités avec une certaine autonomie.

M. OULE en pleine transcription des textes en brille
M. OULE en pleine transcription des textes en brille

Peut-on savoir votre cursus scolaire, académique, etc. ?
En 1966, je suis allé à l’école de mon village qui avait en ce moment trois classes. Il fallait « grouiller » ne pas redoubler si non on devait rejoindre l’école de Gassan à 4 kilomètres qui, elle aussi, avait 3 classes.
Ma réussite au concours d’entrée en 6è m’a permis d’être reçu au Collège de Tounouma de Bobo Dioulasso où j’ai obtenu le baccalauréat D en 1980.
J’ai fait les études supérieures dans la prestigieuses Ecole Nationale Supérieure des Travaux Publics de Yamoussoukro, Côte d’Ivoire avec à l’issue le diplôme d’ingénieur en bâtiment.

Quelle est votre situation familiale ?
Je suis marié et père de deux filles.
Venons-en :

Présentez- nous un peu L’UN-ABPAM.
L’UN-ABPAM est le regroupement des associations de promotion des personnes handicapées visuelles au Burkina. Elle a son siège à Ouagadougou, Gounghin et compte 65 associations membres se trouvant dans 30 provinces sur les 45 que compte le pays. Avant 2008, elle s’appelait ABPAM.
Elle a été créée en octobre 1979 par un groupe d’aveugles de Ouagadougou de l’actuel quartier Cissin.
L’UN-ABPAM a pour objectif d’œuvrer à l’inclusion socio-économique des personnes handicapées du Burkina Faso et à leur épanouissement culturel, sportif et artistique.
Elle est une association reconnue d’utilité publique et décorée Officier de l’Ordre National.

Les principales activités de l’UN-ABPAM sont :
Sensibiliser les personnes handicapées visuelles, leurs familles et les populations sur la problématique de la cécité
Former dans divers domaines (mobilité et orientation, artisanat, agriculture, élevage, alphabétisation, gestion…)
Eduquer et scolariser les jeunes handicapés visuels et favoriser leur inclusion scolaire
Favoriser l’inclusion professionnelle des personnes handicapées y compris par l’auto emploie
Promouvoir les actions des femmes ainsi que des jeunes handicapés visuels et renforcer leurs capacités
Vulgariser la lecture et l’écriture du braille
Favoriser l’accès des personnes aveugles à l’éducation physique, au sport et à la culture
En réseau avec d’autres organisations, favoriser la mise en œuvre des droits humains particulièrement, droits des personnes handicapées afin qu’elles parviennent à leur inclusion dans la société.

Quelle est sa structuration ?
Les membres de base de L’UN-ABPAM sont les associations. L’Assemblée Générale élit les membres du Bureau National (qui sont au nombre de 16) et met en place les bureaux exécutifs des comités spéciaux qui sont le Comité Nationale des Femmes Aveugles (CNFA) et le Comité National des Jeunes Aveugles (CNJA). Le Président du Bureau National et ceux des comités spéciaux (CNFA et CNJA) sont élus pour un mandat de 4 ans renouvelable une seule fois. Cette disposition existe dans nos textes depuis 2008 ! Des personnes ressources (au nombre de 5) sont désignés pour constituer le Comité des Sages
Nous avons découpé le territoire en 5 zones dirigées par des Secrétaires de Zone qui sont d’office membres du bureau national pour assurer une représentativité des régions. Les associations d’une même province se constituent en Union Provinciale.

Depuis quand vous détenez les rênes de la direction de LABPAM ?
J’ai été élu Président de l’UN-ABPAM lors de l’Assemblée Générale ordinaire qui s’est tenue sur notre site Le Village Nongtaaba, route de Po, Ouagadougou les 26 et 27 octobre 2016.

Ou êtes- vous implanté ? A Ouaga uniquement ?
Notre siège est situé au 968, Rue 9-44 Antoine NANGA, ex quartier Goughin Nord dans l’arrondissement 2 de Ouagadougou.
Les associations membres sont dans les villes y compris Ouaga et Bobo et dans les villages. Je rappelle que nous couvrons 30 provinces sur les 45 que compte le pays.
Chaque association membre est autonome dans sa gestion mais elle doit respecter les standards de notre Union. Elle se constitue, se fait reconnaitre par les autorités de sa localité et demande à adhérer à notre organisation.

Quel est votre domaine d’intervention ?
Nos domaines d’intervention sont :
L’éducation
La réadaptation
La formation professionnelle et le renforcement des capacités
Les micro crédits.
La production (’agriculture, élevage)
L’environnement (reboisement)
L’artisanat
La santé
La promotion du genre
La lutte contre la pauvreté
Le plaidoyer, protection et promotion des droits humains
Le sport, arts et culture

Quelles sont les activités connexes que vous y menez ?
Nous avons un centre d’hébergement au siège à Gounghin et un centre d’accueil au Village Nongtaaba à la sortie sud de Ouaga sur la route de Po
Nous sommes une organisation de la société civile et nous participons à leurs activités
L’UN-ABPAM est membre actif du Réseau National des Organisations de Personnes Handicapées (RENOH), de l’Union Africaine des Aveugles (UAFA / AFUB), de l’Union Francophone des Aveugles (UFA), de l’Union Mondiale des Aveugles (UMA / WBU)…

Quels sont les différents services ?
Au siège de l’UN-ABPAM située non loin de l’Atelier Théâtre Burkinabè (ATB) et de la Maison des Retraités Antoine Nanga, il y a d’une part les bureaux du siège et d’autre part, l’école des jeunes aveugles et son administration.
Au village Nongtaaba, il y a des installations pour des formations et des réunions.
L’association de Bobo (ABPAM Espérance a également une école de jeunes aveugles en son siège.

L’ABPAM regroupe combien d’élèves en son sein ?
l’EJA compte 63 élèves du niveau primaire dans ses classes dites spéciales. Elle assure le suivi de beaucoup d’autres élèves inscrits dans divers établissements de la ville et qui suivent les cours avec les élèves voyants. Ce sont 10 autres élèves du primaire, 52 élèves au secondaire. 10 étudiants handicapés visuels sont inscrits dans les Universités de Ouagadougou.
Le même schéma s’applique à l’’école des jeunes aveugles de Bobo : 38 élèves au primaire, 21 au secondaire. La première promotion passe le bac cette année avec une candidate.

Et combien de personnes y travaillent ?
Au siège il y a 12 personnes et à l’EJA 26 ENSEIGNANTS ET MONITEURS et le personnel d’appui au nombre de 18 personnes.

Comment êtes- vous structuré ?
Comme beaucoup d’autres organisations, l’Assemblée Générale est notre organe suprême, le Bureau National définit las politiques à mettre en œuvre et un Comité de Coordination est l’organe d’exécution.

Es ce que le management de L’ABPAM est uniquement réservée aux personnes aveugles et malvoyantes ?
Non, heureusement ! Nous n’allons tout de même pas nous exclure nous-mêmes ! Le management comprend des personnes aveugles et des personnes valides à tous les niveaux, tant politique qu’exécutif. Ensemble, elles forment un tandem pour travailler à la promotion de la personne handicapée visuelle.

Quel est votre ministère de tutelle ?
Notre Ministère de tutelle est le Ministère de la Femme, de la Solidarité Nationale et de la Famille. Et plus précisément, son secrétariat chargé des affaires sociales, des personnes vivant avec un handicap et de la lutte contre l’exclusion.

Avez-vous des partenaires nationaux et à l’international ?
Nos partenaires nationaux sont l’Administration à travers le ministère de la femme, de la solidarité nationale et de la famille (MFSNF), le ministère de l’éducation nationale, le ministère chargé des droits humains…
Il y a aussi les clubs service (Lion’s club et Rotary) et des donateurs parfois anonymes.
Nos partenaires internationaux sont : un groupe d’amis belges constitués en association dénommée ABPAM Belgique, Sensorial Handicap Corporation, ONG belge, Light for the World, ONG autrichienne, Association Sœur Emmanuelle, Lilian fonds.

Si oui quel est leur degré de partenariat ?
Comme je vous ai dit au sujet de notre personnel, le MENA nous affecte les enseignants aussi bien à Ouaga qu’à Bobo. Il faut le dire, l’ABPAM est née au sein du Ministère chargé de l’action sociale avec son directeur des affaires sociales comme président de 1978 (avant la reconnaissance officielle) à 1981. Beaucoup de cadres de ce Ministère ignorent cela aujourd’hui. Le MFSNF nous a affecté une personne pour le suivi de nos associations. Ces dernières reçoivent quelques fois des soutiens et des conseils de ce ministère.
Les ONG internationales interviennent essentiellement dans la scolarisation des enfants. Il nous manque cruellement des soutiens pour la réhabilitation des adolescents et adultes aveugles et malvoyants.

Et des sponsors aussi sans doute ?
Pas vraiment des sponsors car nous ne pouvons rendre la contrepartie ! Pourtant notre image peut être vendable sur le plan sentimental, n’est-ce pas ? (rires).

Comment fonctionnez- vous ?
Là est la question. Nos soutiens se font de plus en plus rares et nous sommes obligés de comprimer nos charges de fonctionnement en limitant nos ressources humaines avec pour conséquence la faiblesse de nos interventions sur le terrain.

Es ce que vous bénéficiez d’un soutien quelconque de la part de L’Etat ?
Oui, en personnel et quelques rares fois nous recevons une subvention soit du MENA soit de la FSNF. Mais nous pensons qu’avec notre statut d’association reconnue d’utilité publique, l’Etat pourrait mieux faire !

Que deviennent vos anciennes et anciens élèves ? Avez-vous de leurs nouvelles ?
Très peu de nos élèves ont réussi à faire des études avancées. Beaucoup n’ont pas pu franchir le cap du CM2 et ont dû rejoindre leur communauté. Nous en rencontrons lors de nos visites qui ont rejoint les associations locales et qui sont devenus des mères et des pères de famille dont certains gèrent, bon an mal an, des activités génératrices de revenus. Ceux qui ont atteint le niveau 3è sont devenus des animateurs de nos centres d’alphabétisation en braille.
Une trentaine de privilégiés ont été recrutés en 2014 comme agents de bureau au compte du MENA. Il y a également certains diplômés qui sont sur le marché de l’emploi.

Quel appel avez-vous a lancé ?
Je voudrais vous remercier et à travers vous, le journal Faso Amazone de m’avoir donné l’occasion de parler de l’UN-ABPAM. Nous avons beaucoup de défis à relever et nous avons besoin du soutien de tous pour arriver à l’inclusion des personnes handicapées dans la société, les textes seuls ne suffisent pas, il faut que toute la communauté s’engage.
Notre contact téléphonique est : +226 34 33 86.
Notre contact de messagerie est : abpambf_2007@yahoo.fr

Merci bien.

Par Karen Ouedraogo

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