TEMPS DE CARÊME: Le Chrétien et la justice sociale

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L’ABBÉ ANATOLE TIENDREBEOGO à l'église Saint Albert le grand de la Rotonde. Le vendredi 10 mars 2017 après le chemin de croix
Bonjour monsieur l’abbé Anatole  Tiendrébéogo. Le journal en ligne Faso Amazone.net (journal au service de l’information du genre et  de  la promotion de l’excellence féminine) vient s’entretenir avec vous sur le thème de la justice sociale et du temps de carême.

-Pouvez-vous décliner votre identité pour nos chères lectrices et lecteurs ?

Abbé Anatole Tiendrébéogo, aumônier des groupes sociaux catholiques et vicaire à la paroisse universitaire Saint Albert le Grand de la Rotonde
Abbé Anatole Tiendrébéogo, aumônier des groupes sociaux catholiques et vicaire à la paroisse universitaire Saint Albert le Grand de la Rotonde

Je suis l’abbé Anatole Tiendrébéogo, aumônier des groupes sociaux catholiques et vicaire à la paroisse universitaire Saint Albert le Grand de la Rotonde. Je suis également professeur de théologie au grand séminaire et professeur d’anglais. J’ai été ordonné prêtre en 1987. Merci de votre invitation et de l’occasion que vous me donnez de faire un éclairage sur le temps du carême et le thème de la justice sociale.

Nous avons appris qu’au cours de ce carême, vous aller méditer sur le thème de la justice sociale. Y’a-t-il un lien entre justice sociale et pratique du carême ? Et pourquoi avez retenu ce thème ?

Au cours du chemin de croix que nous organisons chaque vendredi du temps du carême, nous méditons sur plusieurs thèmes dont celui de la justice sociale. Le vendredi 14 avril prochain, jour du vendredi saint, qui commémore la passion et la mort du Christ, sera spécialement consacré à ce thème dans notre paroisse cette année.

Le chemin de croix du vendredi 10 mars a l'église de la Rotonde présidé Père Bertrand Akpagbe de l'ordre des prêcheurs Dominicains
Le chemin de croix du vendredi 10 mars a l’église de la Rotonde présidé Père Bertrand Akpagbe de l’ordre des prêcheurs Dominicains

Y’a-t-il un lien entre justice sociale et carême ? Pour répondre à votre question, il me suffira simplement de citer un passage du livre du prophète Isaïe qui établit clairement ce lien. Certains membres du peuple de Dieu, au temps du prophète,  se plaignaient à Dieu de ne pas écouter leurs prières et de se détourner du jeûne qu’ils pratiquaient pour obtenir sa miséricorde. Et Dieu leur fit cette réponse à travers son prophète : « Oui, mais le jour où vous jeûner, vous savez bien trouver votre intérêt, et vous traitez durement vos ouvriers. Votre jeûne se passe en disputes et querelles, en coup de poings sauvages. Ce n’est pas en jeûnant comme vous le faites aujourd’hui que vous ferez entendre là-haut votre voix. Est-ce là le jeûne qui me plaît ? Est- ce là votre jour de pénitence ? Courber la tête comme un roseau, coucher sur le sac et la cendre, appelles-tu cela un jeûne, un jour bien accueilli par le Seigneur ?  Quel est donc le jeûne qui me plait ? N’est-ce pas faire tomber les chaines injustes, délier les attaches du joug ? N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, recueillir chez toi le pauvre sans abri et ne pas te dérober à son semblable ? » (Isaïe chapitre 58, versets 3 à 7) Le temps du carême est un temps de prière, de jeûne, et de partage en vue de se convertir, de revenir vers Dieu et vers ses frères. C’est un moment où nous voulons correspondre le plus possible à ce que nous sommes, que dis-je, à ce que nous devrions être: de véritables fils et des filles de Dieu, qui vivent dans l’amour et la bienveillance mutuelle. Donc pratiquer la justice et vivre le carême sont deux attitudes indissociables. C’est une exigence de la pratique authentique de la religion.

L’Eglise se soucie de la vie humaine en société, consciente que c’est de la qualité du vécu social que dépend la promotion des personnes pour laquelle toute communauté est constituée. Dans la société sont en jeu la dignité et les droits des personnes, ainsi que la paix dans les relations entre les personnes. Ce sont des biens que la communauté sociale doit poursuivre et garantir. Le chrétien qui veut témoigner de son amour de Dieu et du prochain doit obligatoirement rechercher la justice sociale.

Que veut dire carême ? Pourquoi les chrétiens font de cette période un temps spécial ?

Le mot carême veut dire « quarante jours » avant la fête de Pâques. C’est une période donc de 40 jours pendant lequel les fidèles chrétiens se préparent à la fête de Pâques qui constitue la plus grande fête chrétienne. Ce chiffre quarante fait référence dans l’histoire du salut au 40 ans que le peuple de Dieu a passé dans le désert avant l’entrée dans la terre promise ; il fait référence aussi au 40 jours pendant lesquels Jésus est resté au désert pour prier et préparer sa mission d’annonce de la Bonne Nouvelle de Dieu à ses compatriotes. Pourquoi les chrétiens font de cette période un temps spécial ? Cette période de quarante jours est devenue pour les chrétiens un temps de préparation, pendant lequel ils se dévouent à la pratique de la prière, du jeûne et du partage ou l’aumône. Toutes ces pratiques ont pour objectif principal, la conversion du cœur, le changement dans la vie et le comportement vis-à-vis de Dieu, du prochain, et de la société. Le tout donc n’est pas de s’abstenir de nourriture et de boisson certains jours comme le vendredi de carême. Il faut y mettre un esprit, qui est celui de la pénitence, le repentir, le retour vers Dieu à travers une vie sainte. Ce temps est un temps spécial parce que c’est un temps de gracies, c’est un temps où la miséricorde de Dieu est plus proche de nous plus qu’à un autre moment, car Dieu ne repousse pas un cœur qui se tourne vers lui.

-que doit faire tout  chrétien pendant ce temps de carême ? 

Tout chrétien doit entrer dans cette période avec les dispositions requises, à savoir, prendre la résolution de se convertir, et utiliser les moyens que l’Eglise met à sa disposition pour bénéficier des grâces de ce temps. Cela veut dire, être plus assidu à la prière, matin et soir ou au moment le plus indiqué pour chacun, se rendre à la messe ne serait-ce que le dimanche, écouter la parole de Dieu et s’y conformer ; demander le pardon de ses péchés à travers le sacrement du pardon (la confession) ; accepter de se priver de ce qui vous est cher pour le donner à ceux qui sont dans le besoin, c’est l’esprit de sacrifice et de partage. Renoncer aux loisirs coûteux et licencieux et consacrer l’argent qu’on y met à aider d’autres personnes ;

Etre fidèle aux engagements de son mariage ; retrouver sincèrement la conscience professionnelle et faire son devoir d’état ; ne pas s’approprier injustement ce qui ne vous revient pas ; rejeter l’argent facile et malhonnête ; se détourner des calomnies, des intrigues, des coups bas et de la méchanceté vis-à-vis d’autrui. Rechercher sincèrement la justice ; Assumer son rôle de chrétien « serviteur des autres » comme le Christ l’a été pour l’humanité ; respecter le Bien Commun ; avoir un sens patriotique ; faire ce qui est bien aux yeux de Dieu. Voilà ce que devra rechercher sérieusement un chrétien qui veut vivre le carême dans un esprit de vérité. Cela dépasse le simple fait de faire des privations passagères pendant 40 jours pour reprendre sa vie habituelle après cette période. C’est de conversion donc qu’il s’agit et pas d’autre chose.

Vous êtes responsable d’une structure au sein de la paroisse universitaire appelée le SEPAFAR, qu’est-ce que c’est, et comment peut-on y  adhérer ?

Le SEPAFAR c’est le Service Pastoral pour la Formation et l’Accompagnement des responsables. C’est un cadre de réflexion, de concertation et d’action pour tous ceux et toutes celles qui participent aux prises de décisions surtout dans les domaines de l’administration publique, du législatif, et de l’exécutif, dans les domaines du secteur privé, des mouvements et associations. Son ambition est de former de nouvelles générations de chrétiens pour relever les défis du monde. Il vise à former les consciences pour une citoyenneté responsable. Le SEPAFAR se réunit tous les troisièmes dimanches du mois aux « Lauriers » près de la Cathédrale, pour discuter de thèmes d’intérêt économique, politique, social ou spirituel. La dernière rencontre s’est passée le 26 Février dernier avec le Premier Ministre Paul Kaba Tieba où nous avons discuté du PNDES. L’adhésion au SEPAFAR est libre et gratuite et ouverte aux personnes de bonne volonté. Parmi ses membres on compte des cadres et hauts cadres en activité ou à la retraite de toutes les professions y compris des professions libérales.

Quel appel avez-vous à lancer aux fidèles chrétiens ?

Je n’ai pas d’appel particulier, le calendrier liturgique de l’Église donne des indications claires aux chrétiens sur les attitudes propres à adopter pour suivre le Christ au quotidien et rende témoignage de la foi en lui à travers la vie en famille et en société d’une manière générale. La foi est une ressource inestimable pour tout croyant en général et pour le chrétien en particulier ; seuls ceux et celles qui ne savent pas en tirer profit pensent que c’est une contrainte ou une perte de temps. La foi est une dimension essentielle de la personne humaine, sans elle, une certaine profondeur de la vie nous échappe.

Votre mot de la fin ?

Saint et fructueux temps de carême aux chrétiens ; grâce et paix de la part de Dieu notre Père à tous les hommes et femmes, qui sont ses enfants.

Merci  bien.

Kevin Sawadogo 

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