Anna Traoré, présidente du REFUE-MA : « Nous avons créé ce réseau pour qu’il y’ait plus de femmes au niveau de l’enseignement et qu’elles puissent accéder à des grades… »

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Dans une interview qu’elle nous a accordée, Anna Traoré, présidente du Réseau des Femmes Universitaires et Enseignantes du Mali (REFUE-Ma) nous parle du but de ce réseau qui vise le progrès de la femme universitaire et enseignante. Aussi, elle évoque les conditions d’accès à ce réseau, les difficultés auquel il est confronté ainsi que ses actions et ses perspectives d’avenir dont l’organisation prochaine d’une conférence sur le 8 mars. Lisez plutôt.

Le Tjikan : Qui est Anna Traoré ?

Anna Traoré : Je me nomme Anna Traoré. Je suis enseignante, chargée des Cours de Micro Économie et d’Analyse Economique la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion de l’Université des Sciences Sociales et de Gestion de Bamako. Je suis la présidente du Réseau des Femmes Universitaires et Enseignantes du Mali (REFUEMA). Un réseau créé il y a juste 2 ans.

Quel est le but de la création de ce réseau ?

Ce réseau a  été mis en place parce que nous avons constaté certaines choses au niveau de notre système d’enseignement supérieur. On a voulu que ces choses-là changent. Nous avons constaté qu’il y’a peu de femmes enseignantes. Parmi les quelques unes présentes, il y a peu qui sont dans la gouvernance tout simplement parce qu’elles ne répondent pas aux critères pour accéder à des niveaux de responsabilité.

Nous avons cherché à comprendre pourquoi on est peu nombreuses dans ce domaine mais aussi pourquoi on n’avance pas en grades dans ces différentes structures. C’est-à-dire les facultés, Grandes Écoles et Instituts universitaires. C’est ce qui nous a poussé surtout à créer ce réseau pour qu’il y’ait d’abord plus de femmes au niveau de l’enseignement supérieur. Mais aussi pour qu’elles puissent accéder à des grades. Comme devenir des professeurs, des doyens de faculté, de Recteurs ou Directeurs, etc., comme les autres.

Sentez-vous de l’amélioration dans cette situation ?

On peut dire oui comme on peut dire non aussi. Parce qu’en réalité, pour que le problème de responsabilité soit réglé, il faut que les femmes avancent en grades. C’est-à-dire avoir d’abord la thèse. Ensuite, faire des publications pour devenir Maître Assistant après Maître de conférences et ensuite Professeurs. C’est la même procédure pour les hommes. Pas de discrimination. On est traité de la même manière. Mais la réalité est que les femmes ne parviennent pas à finir leurs thèses ou bien même ne parviennent pas à s’inscrire pour différentes raisons.

Pas de raisons politiques ou une quelconque discrimination. Ce sont très souvent des raisons sociables. Donc, de ce fait, nous ne parvenons pas à trouver pour le moment des solutions adéquates. La création du réseau quand même a été saluée par le ministre de tutelle et par les autres autorités (Recteurs et Directeurs) qui nous soutiennent tous d’ailleurs. En son temps, c’était le ministre Mountaga Tall.  Il a été au lancement du réseau et a clairement dit que son département avait eu les mêmes statistiques à la suite d’une enquête. Il a dit que ce sont des choses qui peuvent être corrigées. On peut dire déjà qu’il y a une prise de conscience au plus haut niveau.

Quelles sont les conditions d’adhésion au réseau ?

D’abord, il faut être enseignant du supérieur. Il faut aussi vouloir adhérer car l’adhésion est volontaire. Elle n’est pas obligatoire. Il faut également respecter les clauses du règlement intérieur.

Êtes-vous en contact avec d’autres associations féminines qui militent pour le progrès des femmes comme vous?

Effectivement, nous travaillons avec d’autres associations comme par exemple l’AFIMA qui a pour objectif d’inciter les filles à aller vers les études scientifiques, un de nos objectifs aussi. Car le constat aussi est que la majorité des femmes qui sont dans l’enseignement supérieur sont dans les domaines littéraires. Nous avons travaillé une fois avec eux. Nous avons une fois travaillé aussi avec la Plateforme des Femmes Leaders à travers une conférence qu’elles ont organisée en juillet 2015. C’est vrai que nous voulons toutes le progrès des femmes mais, nous n’avons pas tout à fait les mêmes objectifs à travers nos façons d’organiser nos activités qui diffèrent avec les autres associations.

Est-ce que vous avez eu à mener des activités depuis la création du réseau ?

Tout à fait, la première activité est le lancement du réseau qui a eu lieu en présence des autorités de tutelle dont le ministre de l’Enseignement Supérieur et la Recherche Scientifique, le ministre de la Promotion de la Femme, les Recteurs et Directeurs etc… Ce n’est pas pour nous flatter, mais ce lancement a été un vrai succès. Il a été suivi d’une conférence-débats l’année dernière par rapport à la commémoration du 8 mars. C’était à la suite d’un constat sur la fête du mars au Mali.

On a voulu mettre l’accent sur la manière dont le 8 mars est fêté au Mali. Nous avons constaté que les thèmes de cette journée ne sont pas traités à fond. Elle est marquée très souvent par des discours et puis c’est fini. On a cherché à connaître le but réel du thème. On ne s’interroge pas s’il y a eu par exemple des recommandations sur le thème de la précédente édition et si ces recommandations sont appliquées etc…

On a voulu voir si les femmes se sont appropriées réellement du 8 mars, pour quoi le 8 mars et sa contribution pour une quelconque amélioration dans la vie des femmes. D’où cette conférence qui a également réussi car elle a été marquée par la présence de certaines femmes leaders qui ont critiqué et approuvé certains aspects. Ce sont les deux  plus grands évènements que nous avons eu à organiser. Mais, tout récemment, comme nous sommes des universitaires, il y a une structure qui est financée, je crois par les Néerlandais et qui s’occupe du genre dans l’espace universitaire.

Après la création de notre réseau, cette structure nous a approchées en nous invitant à une formation à Sikasso et un atelier à Bamako aussi. C’est lors de cet atelier de Bamako que nous avons rencontré une organisation du nom de Yes INC-Mali. Suite à nos plaidoyers, cette organisation nous a accordé 150 bourses d’incubation entrepreneuriale. Ce sont ces 150 bourses que nous sommes, pour le moment, en train d’attribuer. Nous avons dégagé des critères d’attribution. C’est ce que nous sommes en train de gérer actuellement. Nous comptons également organiser cette année également une conférence dans le cadre du 8 mars.

Avez-vous  rencontré des difficultés ?

Bien sûr que oui. Nous avons d’abord des difficultés au niveau du regroupement. Ce n’est pas facile de diriger un regroupement de femmes. En dehors de ce réseau, je suis également membre du Réseau Africain des Femmes Économistes. J’ai tiré des leçons depuis cet autre réseau. C’est le fait que les femmes elles-mêmes ne s’impliquent pas. Elles affichent publiquement qu’elles sont membres mais dans le travail pratique, elles sont moins présentes. En plus de cela, il  y a des difficultés au niveau des administrations par exemple, avec le Ministère de la Promotion de la Femme.

Nous ne savons pas pourquoi, mais ce département ne nous considère pas comme une organisation partenaire comme les autres associations. On a eu à leur faire des reproches la semaine passée par rapport au 8 mars. On leur a demandé pourquoi on n’a pas été invitées ou associées par exemple à l’organisation de la fête du 8 mars alors qu’on a un récépissé depuis 2014. La réponse qu’on a reçue est que, ce n’est pas parce qu’elles nous ignorent mais plutôt parce qu’elles pensaient que nous n’avons pas les mêmes objectifs que les autres associations féministes. Dans une de vos questions, vous avez demandé si nous entretenons des relations avec les autres associations féministes. La réalité est qu’on nous évite. Ce sont là quelques difficultés que nous rencontrons.

Un appel à lancer ?

Nous demandons plus de filles dans nos universités pour qu’il y’ait plus d’enseignantes. Pour cela, il faut des mesures d’accompagnement en agissant de telle sorte que les filles aient confiance en elles et sachent qu’elles peuvent étudier comme les hommes. Mais aussi enseigner comme ceux-ci. Il faut reconnaître aussi qu’il y a des pesanteurs sociales qui empêchent cela. Comme par exemple, les réalités de notre société surtout dans la vie de couple.

Pour faire la thèse par exemple, rares sont les femmes qui ont la permission de leurs époux pour aller étudier ailleurs. Si le mari accepte, l’obstacle devient la famille de l’époux ou vis versa ou encore les enfants dont il sera difficile pour la femme de se séparer pour aller étudier. On se réjouit aujourd’hui de constatant la présence de certaines écoles doctorales au Mali. Cela va aider les femmes à poursuivre les études jusqu’à la thèse sans avoir besoin de voyager pour l’extérieur. Nous demandons qu’il ait plus d’écoles doctorales au Mali ou qu’on accorde certaines facilités de mobilité en  faveur des femmes.

Propos recueillis par Modibo Dolo

Source: Tjikan

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