Sécurité routière : Ousmane Sawadogo ou le Monsieur volontaire de la régulation de la circulation.

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Lui c’est M. Ousmane Sawadogo, président de l’association Faso One Village(AFOV). Il s’est fait volontaire de la régulation de la circulation à travers son association Faso One Village(AFOV).

M. Ousmane Sawadogo
M. Ousmane Sawadogo

Lui c’est M. Ousmane Sawadogo, président de l’association Faso One Village(AFOV). Il s’est fait volontaire de la régulation de la circulation à travers son association Faso One Village(AFOV).

On le voit à l’œuvre chaque matin tous les jours de la semaine (lundi au samedi) de 6heures à 18 heures30. Nous l’avons rencontré le vendredi 12 mai 2017 sur son lieu de travail, au carrefour de Katr Yaar, sur l’avenue des Tan Soaba(circulaire) non loin de la station SOGELB, la voie menant au SIAO. C’est avec passion, art, amour et enthousiasme que M. Sawadogo se déploie, afin de permettre aux usagers de circuler librement et sans accrochage quelconque depuis 6 ans.

Au vu de l’admiration et respect que suscite Monsieur Sawadogo, nous sommes allés vers lui. C’est avec un franc parler qu’il confie son témoignage à Faso Amazone.net. Témoignage qui servira sans doute d’exemple à la jeunesse.

  • En ce qui concerne comment est venue l’idée de créer une association ?
M. Ousmane Sawadogo en pleine régulation de la circulation
M. Ousmane Sawadogo en pleine régulation de la circulation

Pour la petite histoire M. Sawadogo s’explique. « Il faut dire que l’association est née à partir d’une femme Taiwanaise de passage au Burkina Faso pour se rendre au Ghana pour une rencontre associative. A l’époque j’étais conducteur de taxi et cette femme à fait appelle à mes services durant son séjour au Burkina. Un jour quand je la conduisais j’ai entendu une conversation d’elle avec un de ses collaborateurs disant vouloir aller au Ghana… et immédiatement je me suis proposé de les conduire avec un mini car au Ghana. « Durant le trajet elle me fit un compliment sur ma façon de communiquer pour ensuite me dire que vu cette façon-là que j’ai à communiquer aisément avec les gens je peux faire une association et que si j’y met de la volonté et de l’amour cela ira loin ». « Moi, sur le champ je lui ai fait savoir que je n’avais pas d’argent. Elle me répondit que ce n’était pas une question d’argent mais de volonté. Au retour du voyage elle me tendit une somme de 100.000f pour que je lance mon association et en hommage au nom de son association « fondation one village » que j’ai à mon tour décidé de nommer mon association ainsi. L’association est née en 2008 »

  • Sur la question à savoir pourquoi avoir orienter les missions de l’association sur la régulation et la sécurité routière ?

Pour M. Sawadogo au départ sa vision était tout autre.  « C’’était de créer une association spécialisée dans le reboisement ».  « Nous avions même eu à faire des campagnes de reboisement dans les écoles et dans certains espaces vides jusqu’au jour où nous sommes allés dans un village qu’on appelle KOGO à 178 km du Burkina où, il nous a été offert un terrain de 20 hectares pour qu’on y plante 1000 pieds. Au début c’était l’harmonie entre nous et le village jusqu’au jour où on ne s’est pas entendu. Après cela je me suis reconverti en chauffeur de taxi et la vie suivait son cours ».

« Vous savez J’habite le quartier qu’on appelle « katre yaare » et dans mon quartier à chaque fois que l’on parle d’accident sur le goudron de Katre yaare il y’a un mort et donc je me suis dit pourquoi ne pas me porter volontaire pour aider à éradiquer ce phénomène-là. C’est ainsi que je m’y suis lancé mais j’étais toujours chauffeur de taxi ». « A la longue entre le travail de chauffeur et la régulation de la circulation il fallait faire un choix et c’est ainsi que j’ai décidé de laisser tomber le travail de chauffeur pour me convertir à un volontaire de régulation de sécurité ».

  • A savoir si L’Etat à un droit de regard sur son travail ?

Pour Monsieur Sawadogo après s’être reconverti en régulateur de circulation il est ensuite

M. Ousmane Sawadogo en pleine régulation de la circulation
M. Ousmane Sawadogo en pleine régulation de la circulation

allé voir la police municipale pour leur parler de ce qu’il envisage de faire.  Et c’est l’actuel directeur général du cabinet du Ministre D’Etat, Ministre de la sécurité Simon Compaoré qu’l a trouvé sur place. En ces termes il raconte « Il m’a immédiatement fait comprendre qu’il ne pouvait pas s’engager à nous donner l’autorisation de venir règlementer la circulation si je ne lui fournissais pas un papier des autorités qui atteste que mon association est reconnue. » « Et il m’a aussi fait comprendre que ni l’Etat, ni la police n’a pas d’argent pour nous accompagner pour qu’on puisse rester permanemment sur la route » …

 « Je lui est tout de suite fait comprendre que l’argent n’est pas ma priorité et que mon association allait travailler gratuitement mais s’il venait qu’une bonne volonté nous tende la main nous n’allons pas du tout hésiter à prendre ce que l’on nous donne ». « Et il m’a dit ok mais il m’a dit de faire un papier qui atteste que notre association fait du volontariat et qu’à aucun moment nous n’allons demander quoi que ce soit à l’Etat ». « Je lui ai fait son papier en son temps, et c’est là que j’ai été reconnu par la police municipale qu’il y a un monsieur avec quelques éléments au carrefour de katre yaare qui règlementent la circulation ».

  • La question à savoir comment il paye ses employés ?

Il répond : « je tiens à préciser que j’ai à mon actif 100 employés et pour entretenir ces jeunes c’est pas chose aisée. Etant donné que l’Etat ne nous vient pas en aide, c’est souvent les bonnes volontés qui nous tendent souvent 500f, 1000f quand on est sur la route et c’est ainsi que souvent j’arrive à payer mes employés ». « Au début je leur ai dit que nous ne sommes pas là pour de l’argent, mais pour le peuple si toute fois on vient à nous donner de l’argent ça sera la décision du peuple et de l’Etat ».

« Quand les passants nous donnaient l’argent moi j’avais une vision, celle d’agrandir mon association c’est vrai que souvent avec les employés c’est pas toujours la joie parce que quand ont fini le travail et que je leur tende des miettes ils se fâchent. Ils disent des choses comme « Nous ne sommes pas venus regarder la route mais se faire de l’argent ». Je n’ai cessé de les sensibiliser sur ma vision. Souvent ils me boudent et parfois ils comprennent ».

« Voyez ce local qui est juste là (il nous montre le siège de l’association) que nous avons construit à 6millions durant ces 6 années. J’ai fait violence sur moi et sur l’équipe pour que demain nous pussions ‘’manger’’ ensemble. Au début nous étions dans un kiosque que nous payions à 15000fcfa le mois et en ce jour nous disposons de ce local et vraiment c’est le résultat d’un travail de longue durée. Aujourd’hui mes employés voient maintenant pour quoi j’étais ainsi ».

M. Ousmane Sawadogo avec les membres de son association
M. Ousmane Sawadogo avec les membres de son association
  • En ce qui concerne son travail ? 

Il explique « Notre travail qui se déroule de 6H30 à 18H30 consiste dans un premier temps à sensibiliser les usagers sur les enjeux qu’il y a à bruler le feu par ce que je le dis souvent, lorsqu’un individu tombe de sa moto suite à un accident de la circulation il est très difficile de sortir indemne, car il sera vraiment compliqué qu’il retrouve son corps intact après sa chute ».

« En second lieu nous exprimons des messages forts sur la sécurité routière notamment nous expliquons pourquoi la circulation est une affaire de tous et que nous tous devons accepter les règles de jeux dictées par les personnes qualifiées, et c’est d’ailleurs pourquoi nous nous battons nuits et jours pour faire comprendre à chaque burkinabè que la circulation est une affaire de tous ». Aussi nous régulons la circulation lorsque les feux tricolores sont en panne, ou s’il y a coupure d’électricité et souvent des embouteillages ».

« La question à savoir depuis 6 ans qu’ils mènent cette activité si L’Etat s’est manifesté avec un soutien quelconque, car pratiquement il n’ya eu aucun accident sur cette avenue ? M. le président de AFOV s’exprime :

 « Vous savez au Burkina nous sommes 17millions d’habitants et je suis conscient que l’Etat ne peut s’occuper de tous les problèmes de chaque individu. Mais j’aurai aimé qu’à chaque fois qu’un burkinabè mène une activité comme la nôtre que l’Etat s’approche pour voir ce que la personne fait exactement comme travail et à qui ce travail la profite. Je suggère que l’Etat amène des techniciens qualifiés pour accompagner ce dernier dans son activité afin que l’activité puisse mieux profiter à tout le monde. Depuis que nous avons commencé nos activités, que ce soit la police, la mairie aucun organisme ne s’est approché pour savoir comment l’on fonctionne, c’est souvent quand certains hauts gradés passent sur la voie ils me tirent leur chapeau pour me remercier pour le travail que je fais si non en aucun moment je n’ai reçu 5f de la part de l’Etat.

 Je profite de votre micro pour lancer un message à l’Etat. L’Etat critique les jeunes de ne vouloir pas travailler mais quand un jeune crée son activité l’Etat ne l’accompagne pas. Je souligne que l’accompagnement n’est pas seulement que financier par ce que si un jeune vint à créer son activité si on lui donne 10 millions pour ce qu’il a eu à faire on ne l’accompagne pas vraiment. Au lieu de lui donner ces 10 millions l’Etat doit plutôt les faire suivre par des techniciens de telle sorte à améliorer leur travail et à leur faire comprendre que quand on crée une activité il ne faut pas tout de suite voir le côté financier, le travail d’abord et ensuite les retombées »

Le président et ses membres à l'occasion de la semaine de sens routière organisé par le ministère de la santé
Le président et ses membres à l’occasion de la semaine de sens routière organisé par le ministère de la santé

Pour terminer en ce qui concerne leurs relations de travail avec les Volontaires Adjoints De Sécurité(VADS)

Le président de AFOV n’est pas passé par quatre chemins« Au début de sa création quand notre association était connue de tout le monde le responsable de cette structure est venu me voir soit disant qu’il a besoin de moi et deux de mes agents pour rejoindre la structure et j’ai accepté à condition qu’il nous prenne tous c’est-à-dire l’ensemble de toute mon équipe et il a refusé donc j’ai également refusé sa proposition pour rester avec mes éléments pour qu’ils ne traitent pas leur chef de faux type ».

Notons que l’association compte 45 personnes et s’occupe de 8 carrefours à Ouaga, A Houndé avec 20 personnes et 2 carrefours, et bientôt elle compte se déployer aussi à Bobo Dioulasso.

Par Fréderic Thianhoun

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