Haoua Kaboré, veut apporter des réponses à la gestion des déchets plastiques

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Diplômée en communication des entreprises et des organisations, Haoua Kaboré, est aujourd’hui passionnée par la transformation des produits bruts en produits finis. Elle a présenté son projet de recyclage de déchets plastiques au Rebranding africa forum (RAF) qui s’est tenu les 5 et 6 octobre 2018 à Ouagadougou. Elle nous explique comment est née cette idée du projet et en quoi il consiste.

Fasoamazone.net(FA.net): Pouvez-vous présenter votre projet?

Haoua Kaboré(HK) : J’ai un projet de recyclage de déchets plastiques pour fabriquer un matériau qu’on appelle le bois composite qui a plusieurs applications dans la construction. On peut construire un bâtiment entier avec ce matériau, faire également de la décoration intérieure au niveau des murs ou du plafond. On peut également faire  une terrasse, une paillote, de mobiliers de jardin et même à l’intérieur de la maison. Ce matériau est traité pour résister au soleil comparativement au plastique ordinaire. Il peut même resté au soleil indéfiniment sans perdre sa couleur, ni sa qualité. Il a également une capacité de résistance aux insectes et à l’humidité. On peut également fabriquer des portes avec ce matériau. Au Burkina, on a l’habitude d’utiliser des portes en bois isolante, ce qui fait que pendant la saison pluvieuse, il se gonfle et on a du mal à la fermer car il va grincer. Avec ce matériau issu du recyclage de déchets plastiques, il n’ y aura pas de genre de désagréments. En plus de cela, il est isolent, thermique et sonore. Au delà de permettre une gestion efficace durable des déchets plastiques qui empoisonnent notre environnement, il permet également de limiter leur impact sur l’exploitation des forêts par rapport à l’utilisation de bois.

F.A.net : Quel est le coût de votre projet?

Le budget que j’ai présenté au RAF est un budget rédimensionné pour ma candidature à ce forum. Il est de 437 millions environ. Pour le burkinabé moyen, c’est beaucoup d’argent, mais ce que je sais est que ce projet aura un impact positif sur l’environnement sans compter les retombés économiques et sociales pour le Burkina Faso. Sinon, le budget est beaucoup plus large.

Le coût est énorme pour le burkinabé moyen parce que les gens réfléchissent très petit. A chacune de mes nouvelles rencontres pour parler de mon projet, on me fait savoir que mon budget est énorme. Ils me recommandent toujours de commencer petit pour grandir au fur et à mesure. J’avoue que j’adhère à ce principe mais tout dépend de ce que tu entreprends réaliser.

F.A.net : Peut-on déjà trouver ces matières sur le marché burkinabé?

H.K : Ces genres de matériaux ne sont pas sur le marché burkinabé, mais à l’extérieur on peut y trouver. Pour moi,  ce n’est pas une création originale, mais une innovation pour notre marché. Mais, ce qui m’a poussé vers ce projet, ce n’est pas seulement la nouveauté du produit, ce qui est motivant dans mon projet, c’est d’apporter des réponses à la gestion des déchets plastiques. Partir du plastique qui pollue l’environnement et aboutir à quelque chose de neuf et d’utile.

F.A.net : Quels seront les avantages directs de ce projet?

H.K : Ce projet va permettre de créer 14 emplois directs permanents et consolider également d’autres emplois par rapport à la collecte des déchets plastiques. Ceux-là qui sont déjà organisés pour collecter, nettoyer, broyer et revendre. Si notre activité venait à se réaliser, cela veut dire que nous consolidons les emplois pour ceux qui interviennent déjà dans la collecte et le recyclage des déchets plastiques.

F.A.net : Comment est née l’idée de ce projet?

H.K : L’idée est née depuis 2007 quand j’ai reçu un cadeau d’une assiette décorative représentant plusieurs monuments connus de Bruxelles. J’ai tout de suite pensé à répliquer le même type d’objet à la burkinabé. Les sachets plastiques me sont venus à l’esprit car j’ai un attachement malsain avec le plastique.

A chaque fois que je fais mes  emplettes, on me propose un sachet plastique. Quand je le trouve beau ou propre, je le pli et le range. Au bout d’un moment, je me retrouve avec une grosse quantité de sachets qui ne me servent pas et que j’ai du mal à m’en débarrasser. Je me suis dit que s’il m’est possible d’utiliser ces plastiques là et produire quelque chose d’utile, cela serait intéressant. C’est là que j’ai commencé à faire des recherches sur le recyclage des matières plastiques. Et j’ai découvert le bois composite qui permet de recycler le plastique mais qui offre un matériau nouveau sur notre marché avec une gamme d’application beaucoup plus variée. Et c’est comme cela qu’est née l’idée.

F.A.net : Vous avez été candidate à présenter votre projet au RAF, mais vous n’avez pas été retenue. Comment vous vous sentez?

H.K : Un peu dépitée. Mais c’est réconfortant de savoir que nos idées sont valorisées. Ceux en quoi, on croit, il y a des gens qui y croient également. Cette participation m’a ouverte des perspectives parce qu’il m’a été donné de rencontrer des gens, ce qui m’aurait été impossible autrement. J’ai eu des contacts très intéressants qui vont dans le sens du travail à réaliser dans ce projet. C’est un plus qu’il faut capitaliser.

F.A.net : Qu’es-ce qui n’a pas marché?

H.K : Je ne saurai le dire, parce que l’équipe de RAF qui a organisé la compétition, n’a pas publié les critères de sélections du lauréat. Si j’avais ces critères sous les yeux, j’allais comprendre, ce qui n’a pas marché. Mais, personnellement j’ai moi même pu relever quelques bémols par rapport à ma candidature.

C’est à la dernière minute que j’ai eu connaissance de la compétition. Il a fallu préparer rapidement un dossier, ce qui fait que j’ai pas eu le temps de bien le ficeler. J’étais également à ma toute première candidature à un tel forum. Je pense que le dossier n’a pas été bien monté ce qui a fait que la présentation a été calamiteuse. En plus j’avais le tract, donc je n’ai pas pu défendre mon dossier comme il fallait.

F.A.net : Si vous étiez lauréate, que feriez-vous?

H.K : Si j’avais eu le prix, j’allais l’investir pour un meilleur montage de mon dossier afin d’attirer les investisseurs pour pouvoir faire naître mon projet.

F.A.net : Comment comptez-vous faire aboutir ce projet?

H.K : Je vais toujours continuer à chercher des financements. Une chose que je suis entrain de faire au sortir du Rebranding africa forum, c’est de mieux travailler mon dossier. J’ai un accompagnement d’un cabinet dans ce sens. Une fois que le dossier est bien monté, je vais faire un appel à financement participatif.

Des  particuliers, qui seront intéressés et séduits par mon idée, pourront investir le montant qu’ils ont en poche pour accompagner la réalisation de ce projet. Indépendamment de ce appel à financement participatif, je vais aller voir des Institutions nationales, internationales ou bancaires, parce qu’il y a en qui sont très regardant par rapport à la protection de l’environnement. Si le dossier est bien monté, cela peut les encourager au financement.

F.A.net : Quel message lancez-vous aux jeunes qui hésitent encore à se lancer  dans l’entrepreunariat ?

H.K : Je peux tout simplement dire, qu’il faut choisir des domaines qui passionnent, parce quand la passion y est, malgré les difficultés rencontrés, on peut toujours galvaniser ses forces et avancer. Il y a une chose qui est certaine, en cours de chemin, il y aura des gens qui essayeront de vous décourager, mais il faut rester ferme et y croire. Il ne faut jamais renoncer à ses rêves. Ce que je demande à ces jeunes, c’est d’arrêter de penser petit, être ambitieux, et se donner les moyens d’y arriver.

Interview réalisée par

Amélie ZONGO/www.fasoamazone.net

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