ENTRETIEN: « AU BURKINA, LA SITUATION SÉCURITAIRE RESTE UNE QUESTION FONDAMENTALE » SADIA TOE ÉLÈVE INGÉNIEUR EN CYBERSECURITE

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Nous sommes allés à la rencontre de Madame Sadia TOÉ, membre du MROD/BF section France. Avec elle, nous avons non seulement parlé de développement mais aussi de leadership féminin.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Je tiens à vous remercier pour l’occasion que vous me donnez de pouvoir m’exprimer aujourd’hui.

Sadia TOÉ, Ingénieur Cyber Sécurité.

Je suis Sadia TOÉ, actuellement étudiante en 3ème en cyber sécurité, à l’IMT Atlantique, une grande école d’ingénieurs française. L’année 2017-2018, j’étais chargée adjointe à l’organisation dans le bureau du MROD/BF section France. J’ai découvert ce mouvement par le biais de l’un des Coinitiateurs du mouvement, M. Alfred Bewindin SAWADOGO qui est également mon promotionnaire et qui a su me convaincre par son dynamisme et sa motivation.

Vous avez des parcours scolaire et académique inspirants, pouvez-vous nous en parler ?

J‘ai effectué une série scientifique au lycée et j’ai obtenu mon baccalauréat D en 2012 avec la mention Très Bien. Cela m’a valu l’obtention d’une bourse tunisienne pour étudier dans les classes préparatoires en mathématiques-physique. Les classes préparatoires comme leur nom l’indiquent, préparent en une ou plusieurs années (02 ans en l’occurrence), les étudiants aux concours d’admission à certaines grandes écoles dont les écoles d’ingénieurs. Après ce concours, j’ai accédé à une école d’ingénieurs à Tunis pour une filière en Télécommunications (3 ans) et avant la fin de mon cursus à Tunis, 3 camarades tunisiens et moi avons été choisis pour continuer en France. Initialement prévu pour 2018, c’est en mars 2019 que je serai diplômée en France puisque j’ai effectué une année de césure en 2017-2018 entre ma 2ème et ma 3ème année. Cette césure était une rupture de mes études afin de mûrir mon projet professionnel. J’ai pu cette année-là, grâce à 2 stages de 6 mois, acquérir non seulement de l’expérience professionnelle mais surtout m’orienter vers la cyber sécurité que j’ai découverte et que je trouve très challengeant.

Pourquoi être Ingénieur en Cyber sécurité ?

En ce qui concerne la formation d’ingénieur de manière globale, pour un pays comme le Burkina Faso en voie de développement, les ingénieurs peuvent véritablement apporter leur pierre à l’édifice notamment par leur capacité d’innovation et de conception des produits de demain ou d’amélioration des produits existants. De plus, au regard des nombreuses formations à l’entrepreneuriat qui se développent actuellement dans les écoles d’ingénieurs, ceux-ci peuvent évoluer vers des postes de management et créer plus facilement des entreprises. La cyber sécurité quant à elle, est une thématique qui a une place importance dans les entreprises aujourd’hui, compte tenu de la recrudescence et de la progression rapide de la cybercriminalité. Elle gagnerait à être plus représentée au Burkina Faso parce que la sécurité informatique ne peut pas être dissociée des évolutions technologiques et est l’affaire de tous : États comme entreprises. D’ici quelques mois, je terminerai mes études. Je compte évoluer dans le domaine du Conseil en Cyber sécurité ou dans la Cyber sécurité de manière plus générale pour consolider mes acquis, monter en compétences pour je l’espère, être utile à mon pays dans ce domaine-là.

Comment concevez-vous le leadership ?

Le leadership est un concept que l’on entend très souvent et une aptitude que plusieurs personnes essayent de développer. Pour ma part, la définition du leadership se retrouve dans la faculté d’une personne à conduire d’autres personnes. Ainsi, le leader, est celui qui est :

  • Proactif : Il n’attend pas dans son coin que les idées ou les propositions viennent à lui, il est l’auteur de ces propositions. Pour cela, il est amené à réfléchir constamment à la mise en œuvre de nouvelles idées pour ne pas stagner et être ainsi un moteur de changement au sein de l’équipe.
  • Influenceur mais bon influenceur : Il est influenceur dans la mesure où il sait fédérer les autres autour de ses idées mais aussi bon influenceur puisqu’il ne s’agit pas pour lui de piétiner ou d’asseoir coûte que coûte son autorité, mais de conduire les autres vers ce qu’il estime être le meilleur pour eux et ce en les écoutant.
  • Motivant : Lorsqu’une équipe ne fonctionne pas, la communication et la valorisation des membres de cette équipe semblent parfois être l’une des solutions les meilleures pour booster tout le monde et de repartir sur des bases plus saines. Le leader, loin d’être l’accusateur, sera celui qui trouvera la façon adéquate de s’adresser à chacun et de tirer les autres vers le haut en faisant ressortir le meilleur d’eux-mêmes.

Quels sont les enjeux de développement du Burkina Faso selon vous ?

Au Burkina Faso, la situation sécuritaire reste une question fondamentale. Comment parler de développement lorsque nos forces de l’ordre, notre gouvernement, nos populations sont constamment menacés ? Cette situation est telle que le ministre des Affaires étrangères burkinabè Alpha Barry fait état de 243 morts du fait des attaques terroristes au Burkina Faso de 2015 à Octobre 2018. Les attaques ont pris de l’ampleur ; elles sont devenues quasiquotidiennes et s’étendent désormais sur des régions autres que le nord du pays. La question de la sécurité doit être indéniablement la priorité du gouvernement. Ce climat d’insécurité pèse lourdement sur notre économie puisque non seulement il freine la libre circulation des personnes et des biens, mais surtout Il inhibe les investissements. Selon l’expert en sécurité Sadou Sidibé, plusieurs mesures doivent être prises : l’élaboration d’une stratégie nationale de prévention et de lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent, le renforcement des capacités organisationnelles et opérationnelles des Forces de défense et de sécurité, notamment au niveau des frontières, la restauration de l’autorité de l’État ainsi que la mise en place de programmes pour répondre aux besoins des communautés à la base, l’implication des chefs coutumiers. Avec ces mesures et bien d’autres, le Burkina Faso pourra reprendre une croissance économique beaucoup plus satisfaisante que celle actuelle. Outre l’aspect sécuritaire, nous ne pouvons pas non plus négliger celui sur lequel tous s’accordent : l’éducation. Tout développement d’une nation passe par l’éducation de sa population. Comme le dit Madiou DIALLO, Ingénieur en Micro et Nanoélectronique, « Si l’éducation est la meilleure arme pour façonner les mentalités, la mettre au second plan dans le processus de développement mènerait le pays dans une voie sans issue possible pour une ascension sociale ». Pour ma part, il ne s’agit pas seulement ici de garantir l’accès à l’éducation aux populations même si cela reste primordial. Pour que les futurs leaders puissent participer au développement du Burkina, ils ne doivent plus uniquement apprendre à ‘lire’, ‘écrire’ et ‘compter’ mais doivent être instruits de manière à être les moteurs de la société de demain. Cela implique une éducation plus qualitative pour inculquer une culture entrepreneuriale afin de créer de l’emploi et relancer l’économie. Ajouté à ce besoin d’éducation qualitative, le besoin de suivi des cadres est tout aussi nécessaire pour éviter la fuite des cerveaux. Lorsque le gouvernement burkinabè forme des étudiants et que ceux-ci bénéficient par exemple de bourses pour l’étranger, ce gouvernement devrait s’assurer un minimum de ce que deviennent ces cadres et favoriser leurs conditions de retour ou à défaut leur contribution d’une manière ou d’une autre au développement du Burkina Faso. Nous devons véritablement réfléchir tous ensemble à la manière dont nos compétences peuvent être utiles de près comme de loin à notre pays.

Votre leadership est apprécié à tous les égards au sein du MROD, quels conseils donneriez-vous aux jeunes filles leader en herbe ?

Aujourd’hui, les filles ne doivent plus avoir peur de se mettre en avant et d’occuper des postes qui ont été longtemps réservés aux hommes. Lorsque j’entrais en école d’ingénieurs, de nombreuses personnes dans mon entourage étaient à la fois fières et surprises par mon choix de filière puisqu’il s’agissait là d’une filière à connotation masculine. Les femmes ont en effet plus tendance à évoluer dans certains domaines comme le commerce, le marketing, le droit… J’en veux pour preuve le pourcentage de filles dans ma filière en ce moment : lors de mes cours en amphithéâtre nous sommes 6 femmes pour une cinquante d’hommes et parfois je suis la seule dans certains groupes de projets. Loin d’être un objet d’inquiétude, cela constitue une très grande fierté pour moi. Je ne me pose plus la question de savoir si je suis une femme évoluant dans un domaine plutôt masculin ou non : j’ai un objectif à atteindre et c’est ce à quoi je m’attèle. Si les filles ont parfois quelques réticences, c’est aussi que leur environnement les a parfois conditionnées à cela. Pour ma part, j’ai toujours été motivée par ma mère qui ne cessait de me répéter : « La vie est un combat, bats-toi pour t’y faire une place ». Cette phrase a été d’une grande aide pour moi et effectivement à force de persévérance, on finit par se faire une place là où les autres ne s’y attendent pas forcément. Dans la société actuelle qui n’estime pas toujours la femme à sa juste valeur, celle-ci doit redoubler d’efforts, faire preuve d’un grand courage et de bravoure pour montrer ce qu’elle vaut réellement. Elle doit avoir confiance en elle, s’estimer davantage, prendre conscience qu’elle a les mêmes facultés intellectuelles que les hommes et que rien ne lui est impossible.

Source: MROD/BF

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