En plein cœur de Ouagadougou, dans la bande verte de l’arrondissement 4, des femmes prouvent qu’une autre agriculture est possible : saine, rentable et durable. Parmi elles, Aminata Traoré et Alizèta Nikièma, deux maraîchères convaincues qui ont fait le choix fort de l’agriculture biologique, loin des intrants chimiques et des pesticides.

Le maraîchage constitue un pilier économique pour de nombreuses familles de la capitale burkinabè. Mais pour ces femmes, il représente bien plus qu’une activité de subsistance : un métier exigeant, une fierté assumée et un engagement pour la santé publique.
Sur un site clôturé, équipé de forages alimentés à l’énergie solaire, Aminata et Alizèta maîtrisent chaque étape de la production : préparation des sols, repiquage, arrosage manuel à l’arrosoir, entretien méticuleux… Un savoir-faire entièrement tourné vers le respect du vivant.
« Ici, toutes les femmes que vous voyez ne produisent que du bio. Personne, je dis bien personne, n’utilise d’engrais chimique ou d’insecticide », affirme Alizèta Nikièma, engagée dans la filière depuis bientôt deux ans. Une transition née d’une préoccupation sanitaire : protéger leurs enfants et les consommateurs.
Un constat partagé par Aminata Traoré, maraîchère depuis 2018 : « Aujourd’hui, la plupart des maladies proviennent de nos assiettes. Le bio ne contient pas de substances chimiques qui peuvent nuire à la santé ». Elle insiste également sur un aspect souvent ignoré : la rentabilité. Sans achat d’engrais chimiques ni de pesticides, les coûts de production chutent, améliorant leurs marges.
Dans leurs jardins poussent laitue, choux, oignons, épinards, oseille, menthe et bien d’autres spéculations. Une diversité qui nourrit les familles, les marchés et les écoles voisines.

Pour devenir de véritables artisanes de l’agroécologie, elles ont bénéficié de formations clés : techniques de planches adaptées, fabrication de compost, bio-insecticides, entretien des cultures… Un appui notamment permis grâce à l’ONG Mani Tese.
Au-delà de la santé et de l’environnement, le jardin apporte autonomie et dignité. « Cela me permet d’être financièrement indépendante, de subvenir à mes besoins et d’assurer la scolarité de mes enfants », témoigne Aminata. Alizèta, de son côté, écoule sa production à la fois sur site et en ville, selon les demandes du marché.
Mais malgré leur détermination, des défis persistent. L’eau reste la principale préoccupation, notamment en saison sèche. « Nous avons besoin de plus de forages, car à partir d’avril, l’eau devient insuffisante pour toutes les productrices », alerte Alizèta. Aminata appelle à son tour à l’accès à des semences de meilleure qualité : « Nous sommes actrices de l’agroécologie, mais nos semences ne sont pas toujours adaptées à nos productions ».
En attendant ces soutiens essentiels, les maraîchères de l’arrondissement 4 continuent de semer les graines d’un avenir plus sain. Leur parcours montre qu’une agriculture respectueuse de l’homme et de l’environnement est non seulement viable, mais source de revenus, de dignité et de bien-être collectif. Un modèle inspirant qui transforme petit à petit Ouagadougou en capitale verte.
Pascal K.















