Burkina – #Terrorisme : « Il faut arrêter de mêler la #politique à la situation #sécuritaire », Djénéba Diallo, déplacée, une responsable du collectif des femmes du Sahel

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Marché des femmes contre les attaques terroristes à Dori le samedi 20 juillet 2021

Djénéba Diallo, une des responsables du collectif des femmes du Sahel et elle-même déplacée de Gorgadji aujourd’hui installée à Dori. Elle a marché samedi   10 juillet  2021 à Dori aux côtés d’autres femmes pour dénoncer la gouvernance sécuritaire. Madame Diallo estime que la situation sécuritaire est dégradée et souhaite une gestion sérieuse. Elle est notre invité de la rédaction et répond aux questions de Lamine Traoré

Oméga : Bonjour Djeneba Diallo

Djénéba Diallo : Bonjour Lamine Traoré

Oméga : Samedi dernier vous étiez dans les rues à Dori, pourquoi ?

Djénéba Diallo : C’est vrai, samedi 10 juillet on était dans les rues de Dori pour une marche pacifique.

Oméga : Pourquoi c’était une marche essentiellement composée de femmes ?

Djeneba Diallo : La marche est composée uniquement de femmes parce que vraiment les femmes payent le plus grand prix, les femmes en souffrent plus et si vous vivez la réalité que nous vivons avec ces femmes déplacées ce n’est pas simple, raison pour laquelle nous avons pris une décision de nous associer en collectif des femmes du Sahel pour dire notre ras-le-bol, exprimer notre mécontentement et demander au gouvernement d’agir davantage. Voila pourquoi nous avons fait une marche composée uniquement de femmes parce qu’elles sont les plus nombreuses et elles sont les plus touchées.

Oméga : Vous êtes vous-même une déplacée aujourd’hui à Dori, comment se passe la vie la-bas ?

Djénéba Diallo : la vie à Dori en tant que déplacée n’est pas facile. Beaucoup de femmes viennent chez moi, des femmes qui n’ont pas à manger, des femmes qui ont perdu carrément la tête si on peux le dire, mentalement ça ne va pas, il faut arriver à aider ces femmes, qu’elles surmontent leur peur et pour ça j’ai référé beaucoup de femmes dans les structures de prise en charge alimentaire, psychologique et sanitaire. Il y a des cas qu’on on ne peut pas raconter et quand tu vois et on te dit de ne pas sortir marcher pour exprimer ton mécontentement c’est que la personne ne vit pas ce que tu vis, sincèrement c’est pas facile. Etant chez toi on te traite de déplacée, c’est pas simple mais on vit avec et nous pensons qu’un jour Inch’Allah nous aussi nous retournerons chez nous et nous ne serons plus traiter de déplacés.

Oméga : Est ce que vous pensez que rien n’est fait pour améliorer la situation sécuritaire ?

Djénéba Diallo : Je ne dirai pas que rien n’est fait pour améliorer la situation sécuritaire, quelque chose est fait mais c’est pas suffisant. Au début nous aussi on observait c’était vers Djibo, on voyait les gens de Arbinda nous dépasser en convoi mais on ne vivait pas la situation mais un mois après on a envahi Gorgadji. Je suis de Gorgadji je me suis déplacée pour Dori vraiment. Si vous prenez l‘axe Dori – Gorgadji sans le convoi des FDS ou des VDP vous risquez de tomber sur des hommes armés et vous n’arriverez pas à bon port. Soit ce sont des enlèvements, soit ce sont des exécutions. Vraiment quelque chose est fait je suis conscient mais beaucoup reste à faire et ce silence fait mal. Sur la voie de Gorgadji je vous interpelle, aidez nous parce que la situation est très grave, très critique et la vie dans la commune dans le centre de Gorgadji n’est pas aisée. Quelque chose est fait nous le savons nous sommes conscients mais nous demandons plus au gouvernement , aux autorités régionales, communales de faire des efforts

Oméga : Djénéba Diallo quand vous parlez des efforts, il s’agit de faire concrètement quoi ?

Djénéba Diallo : Mon appel est aux autorités de ce pays, c’est de prendre leurs responsabilités, ils font beaucoup, ils ont déjà fait mais beaucoup reste à faire. Il faut arrêter de mêler la politique à la situation sécuritaire, il faut accepter que ça ne va pas et quand on reconnaît que ça ne va pas on cherche des solutions, mais quand on se dit que ça va on cherche autre chose on parle plus de cela, pourtant c’est un problème réel qui est là. Les populations souffrent et nous souffrons plus. On tue des femmes, il y a d’autres femmes si on les tuait même c’était mieux que de les laisser en vie avec des enfants en pagaille sans travail. D’autres tombent malade, il y a des enfants qui sont ici qui sont malades, la maman n’a même pas de médicaments pour le soigner, l’enfant est dedans couché avec des maux de ventre atroces, on fait des échographies, des radios et tout il n’y a pas l’argent pour opérer l’enfant. La maman souffre, elle-même elle est déprimée et vous ne voulez pas qu’ on parle, on va parler, si rien n’est fait. Les gens en ont ras-le-bol donc. Personne n’est contre vous si vous prenez vos responsabilités, c’est la paix nous voulons c’est tout. On n’est contre personne, assurez notre sécurité et c’est tout, améliorez la sécurité sur les voies, améliorez la sécurité dans les communes et dans la région du Sahel. C’est tout ce que nous demandons, nous ne sommes contre personne, nous voulons juste la paix nous sommes fatigués de pleurer nos enfants, nos maris. Le silence fait très mal.

Lamine Traoré: Djénéba Traoré merci

Entretien: Lamine Traoré
Retranscription : Yasmina Ouili

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