Départ des forces étrangères du Mali: Barkhane coutait 01 milliard.de francs cfa par jour (Choguel Maïga)

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22 février 2022

Extrait de l’interview du journaliste Alain Foka sur RFI et France 24, avec le  premier ministre de la transition malienne, Choguel Maïga , sur la crise entre le Mali et  les forces  Barkhane et Takuba( militaire),  installés  au nord Mali(Sahel, entre les trois frontières,  Mali, Burkina, Niger), engagées dans la lutte  contre le terrorismeun. 

Alain Foka : Monsieur le ministre, le mot trahison revient beaucoup dans vos propos. Quand vous dîtes trahison, c’est la France qui est venue vous aider depuis 2013, sinon le Mali n’existerait peut-être plus. Comment on peut parler de trahison ?

Choguel Maïga : Est-ce que vous savez que les hautes autorités françaises, sénateurs, des députés dans des débats ont dit clairement qu’il faut donner l’autonomie au Nord, il faut un plan d’autonomie et que les Maliens du Nord et du Sud ne peuvent pas vivre ensemble. En faite, il voulait diriger le Mali par une fédération.

Le 15 mai 2015 quand l’accord pour la paix et le réconciliation issu du processus d’Alger a été signé, le lendemain, le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a donné une interview à RFI. Il a dit que les Maliens du Nord et du Sud ont tout fait pour vivre ensemble. Mais c’est difficile. La conclusion est tirée.

Avant lui, au Sénat, que ce soit de gauche ou de droite, au parlement, c’est documenté, ils ont dit qu’ils vont donner un plan d’autonomie au Nord.

Le ministre des affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, je l’ai écouté et j’ai documenté. Il a dit sur la chaîne LCI que son dernier voyage au Mali en Mars 2012, il a dit à Amadou Toumani Touré qu’il faut donner l’autonomie aux Touaregs. Les chefs independistes ont dit que c’est la France qui leur a promis de diviser le Mali.

Lorsqu’après notre pays a été envahi et que le gouvernement malien a saisi l’État français, pourquoi je parle de trahison, ce qui a été convenu, la lettre a été très claire: « appuie aérien et renseignements ». Il n’était pas prévu des militaires français au sol. Ce sont les soldats maliens qui ont libéré Tonda, Gao et Tombouctou. Arrivée à Anéfis, c’est l’armée française qui leur a barré la route.

Alain Foka : Est-ce vrai que c’est l’armée française qui a barré la route à l’entrée de Kidal ?

Choguel Maïga : c’est authentique.

Alain Foka : Avec quelles explications. Comment ils ne puissent pas entrer dans une ville du Mali ?

Choguel Maïga : Ils se sont opposés par les armes. L’ambassadeur Français au Mali qui était là en ce moment, il s’appelait Christian Rouyer, pour avoir dit à son gouvernement : « vous êtes en train de faire une faute, ceux que vous soutenez ne sont pas représentatifs ni dans la communauté touareg ni dans une autre communauté. Ne vous discréditez pas avec eux ». Deux jours après on l’a relevé. Vous savez par qui ont l’a remplacé ? Par un officier de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), l’officier de liaison et des services de renseignement, Gilles Huberson. C’est lui qu’ils ont désigné ici comme ambassadeur.

Alain Foka : On se souvient de la liesse populaire ici lorsque François Hollande, président d’alors est venu ici pour avoir sauvé le Mali. 9 ans après, qu’est ce qui s’est passé pour qu’on demande à l’armée française de partir ?

Choguel Maïga : Parce que ce jour là les Maliens ont cru à la sincérité des dirigeants français. Mais lorsqu’on a empêché les soldats maliens d’entrer à Kidal, les Maliens se sont dit, mais qu’est ce qui se passe? Et comme par hasard, les terroristes se sont trouvés dans ce sanctuaire là. Ils se sont préparés pendant 2 ans. Pendant ce même temps, l’armée française qui n’était pas prévue d’être au sol, pendant qu’ils interdisent l’armée malienne d’entrer à Kidal, ils envoient 4 000 militaires avec un budget de 1 milliards de FCFA.

Alain Foka : Mais n’est-ce pas avec l’autorisation du Mali ?

Choguel Maïga : 4 000 militaires, ce n’était pas prévus par l’opération Serval. Ce qui a été dit aux maliens ce n’est pas ça. 1 milliards de FCFA par jour, tout le reste est venu de ça.

Est-ce que vous savez que, Assimi Goïta, pour la petite histoire, faisait partie des officiers qui ont été bloqués à la porte de Kidal par l’armée française. Les Unités spéciales étaient prêtes à donner l’assaut final à l’entrée de Kidal, les Français ont bloqué.

Alain Foka : Qu’est ce que vous faites maintenant, vous leur demandez de partir ?

Choguel Maïga : Non, nous ne leur avons pas demandé de partir, c’est eux qui ont dit qu’ils partent.

Alain Foka Sous une certaine pression de la rue, des autorités, on a vu les pancartes ?

Choguel Maïga : Non, pas du tout. Les pancartes sont venues plus tard. C’est eux qui ont dit le 03 et le 10 juin, parce qu’il y a un nouveau gouvernement, qu’ils vont quitter le Mali au motif que le Mali s’apprêterait à discuter avec les terroristes. C’est clairement avancé. Vous avez un accord de défense avec lui, vous décidez d’en sortir. Vous ne nous avisez pas, c’est dans les médias qu’on apprend par un sommet du G5 Sahel que le président français vient tout débout l’annoncer. Ce jour-là notre président l’a dit, Monsieur le Président ce n’est pas comme cela.

Deuxièmement, nous savons que les deux forces terroristes au Sahel c’est Al-Qaïda et le EIGS. Les 70-80 % de nos problèmes viennent d’Al-Qaïda. Toutes les emprises où il y a Al-Qaïda, les Français disent qu’ils les laissent, ils partent se concentrer dans la zone des trois frontières. Donc c’est une manière de dire aux Maliens : on vous livre à Al-Qaïda. L’accord qui nous lie, on le relit, on fait le divorce en bonne et due forme. Nous avons proposé une relecture de l’accord, ils l’ont mis dans le tiroir certainement en attendant de renverser le régime; ils n’ont parlé à personne.

Arrivé à un moment donné, ils se sont énervés. Ils se sont mis à insulter nos autorités. Leur ambassadeur se livrera à des activités subversives ici qui divisent les Maliens. Lorsqu’ils sortent de façon injurieuse s’adresser au président de la transition, chef de l’État malien, nous avons dit que s’en est trop. Surtout qu’on subordorait qu’il préparait un plan.

Alain Foka : Un plan pour vous renverser vous ?

Choguel Maïga : Ça c’était très clair. Toutes les manœuvres qui se faisaient, c’était pour renverser le gouvernement. Tout ce discours là pour dire que c’est un gouvernement illégitime issu des deux coups d’État. Mais le premier gouvernement de la transition est issu d’un coup d’État. Ils l’ont félicité. On a entendu Emmanuel Macron dire qu’ils ont fait en 3 mois plusque l’ancien gouvernement qu’ils ont soutenu à bout de bras jusqu’à sa chute (…).

Et quelques temps après, ils disent non, c’est un gouvernement issu de deux coups d’État, simplement parce que Assimi Goïta a dit : les Maliens sont en train de mourir depuis 13 ans, est-ce qu’on ne vas pas essayer autre chose? Nous avons décidé de diversifier nos partenaires…

Source : France24

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