Damiba-Simporé Les raisons d’un limogeage « avec effet immédiat »

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 Ceci est un post du journaliste analyse politique  burkinabè, Abdoulaye BARRY sur le limogeage du ministre de la défense nationale, Aime Barthélémy SIMPORÉ le 12 septembre 2022  par  le président  de la Transition, le lieutenant colonel Paul Henri Sandaogo DAMIBA. Lisez donc.

La nouvelle est tombée tel un couperet.

Dans un communiqué lu à la télévision nationale, le ministre de la Défense, le Général Simporé a été démis de ses fonctions « avec effet immédiat ».
C’est un coup de tonnerre dans le ciel très nuageux du MPSR, la junte au pouvoir à Ouagadougou.
Comment peut-on décapiter le niveau politico-stratégique d’une armée qui « monte en puissance » chaque jour que Dieu fait dans la lutte contre le terrorisme ?
Enfin, passons sous silence, les commentaires dans cette savane burkinabè devenue celle des paradoxes voire des incohérences.

Il est indéniable que le fossé a fini par se creuser entre le Président de la transition et le Général Simporé, concepteur de la stratégie nationale de lutte contre le terrorisme.
L’atmosphère n’était pas non plus bon enfant entre le Général Simporé et le Premier ministre.
Albert Ouédraogo, excédé avait fini, selon un membre du gouvernement, par lâcher un jour en réunion : « il y a des gens qui se croient super-ministres et se permettent de venir en retard aux réunions ».
L’allusion est sans ambages. Il s’agit bel bien du Général Simporé, arrivé en retard à une réunion à la Primature. En tenue terre du Burkina, le béret incliné, le Général deux étoiles se met aux garde-à-vous pour saluer Albert Ouédraogo, comme il se doit. Ce dernier ignore royalement le double étoilé. C’est une humiliation sans précédent pour ce Général, réputé être un bon « connaisseur de papier».
L’atmosphère devient glaciale dans la salle. Le Général encaisse le coup et s’éclipse à la fin de la réunion sans mot dire.

Son limogeage, à la surprise générale, résulte de l’accumulation de plusieurs « choses » nous souffle un homme du sérail. Entre le Président de la transition et le Général Simporé, il y a avant tout un problème d’approche et de méthode. Le lieutenant-colonel veut aller vite sur le front sécuritaire, le Général est un homme méthodique qui prend tout son temps pour traiter ses dossiers. Selon une source qui a participé à tous les conseils de défense depuis l’avènement du MPSR, « les choses ne bougent pas au rythme voulu par le Président de la transition qui trouve, tout comme d’autres responsables, que le Général Simporé est lent dans le traitement des dossiers ».
Ce dernier a d’ailleurs été, très souvent, mis devant le fait accompli concernant certaines décisions majeures notamment celle relative aux zones d’intérêts militaires. C’est au cours d’un conseil de défense que le Général Simporé a appris la nouvelle comme beaucoup d’autres de la chaine de commandement nous confie une source qui connaît les rouages de Kossyam.
La récente décision de délocaliser les bataillons de soutien du Groupement central des armées(GCA) à l’intérieur du pays où il n’existe pas d’infrastructures adaptées pour les accueillir serait aussi un point de discorde entre le Président de la transition et son ministre de la Défense.

Il faut noter que la création du Commandement des opérations du théâtre national, dirigé par le lieutenant-colonel Bamouni et qui relève directement du Président de la transition n’est pas sans poser un problème de cohérence structurelle. Avec le COTN, le ministre de la défense et le Chef d’état-major général des armées se retrouvent dans un rôle purement administratif pour ne pas dire formel. Le patron du COTN, le lieutenant-colonel Bamouni, réputé gros travailleur et réactif, s’est retrouvé plusieurs fois à sauver des situations d’urgence pendant que le Général Simporé « trainait les pieds ».
Le dernier point de rupture et non des moindres entre le Président de la transition et Général Simporé est l’option du partenariat avec la France. Le pouvoir de Ouagadougou a désormais fait clairement le choix de rester royalement dans le giron français à la différence du pouvoir malien. Or, c’est un secret de polichinelle, le Général Simporé est un irréductible anti-français. Sous le régime Kaboré, il avait du mal à cacher son opposition à une collaboration avec la France. Aux services français qui le rencontraient pour plaider en faveur d’un partenariat plus dynamique, il n’hésitait pas à dire dans son calme olympien : « allez-y gérer ces aspects au niveau politique ».

Avec ce limogeage, le Général Simporé prend la plus grande humiliation de sa carrière. Paye-t-il pour avoir « trahi » Rock Kaboré, à qui il doit son grade de Général et le poste de ministre ? En tout cas, c’est une loi immuable du cosmos : « celui qui trahit sera trahi inéluctablement ».
Aucun mensonge ne résiste à l’épreuve du temps.
Abdoulaye Barry

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