Burkina Faso : à 9 ans, Violette brise le silence et réclame justice face aux violences sexuelles en milieu scolaire

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Que justice soit faite pour Violette(image d'illustration)

À travers le récit bouleversant de « Violette », 9 ans, c’est la voix de milliers d’enfants victimes de violences qui résonne. Son témoignage appelle à une mobilisation collective pour briser le silence, protéger nos enfants et garantir que justice soit rendue.

Le témoignage de Violette nous rappelle une vérité essentielle : aucun enfant ne devrait subir l’impensable dans un lieu censé le protéger. Face aux violences sexuelles en milieu scolaire, le silence n’est pas une option. Mobilisons-nous pour la protection de l’enfance, pour la justice, et pour que plus jamais une petite fille n’ait à raconter une telle histoire.

Bonjour les tatas et tontons. Je m’appelle “Violette” 💜, j’ai 9 ans, je suis en classe de CE1 et j’ai été victime de V.

Pour que mon histoire serve et sauve. (Story telling écrit par moi même – à partir des informations recueillies à la suite du premier jugement – Violette “nom fictif”).

Je vais vous raconter quelque chose de difficile. Maman dit qu’il faut que je parle, elle dit que si je parle, peut être qu’une autre petite fille sera sauvée. Alors je rassemble tout mon courage et je parle.

Ce jour là, maman est venue me chercher comme chaque soir devant l’école située à Ouaga 2000. Mais je n’étais pas là.

Maman a attendu, elle m’a cherchée partout, m’a appelée mais rien. Elle a commencé à s’inquiéter, elle est rentrée dans l’établissement, elle a sillonné chaque couloir, chaque coin, elle me cherchait, sa petite fille de 9ans. Son coeur devait battre très fort vu les nombreuses disparitions actuelles d’enfants. Le temps passait et je n’étais nulle part.

Jusqu’à ce qu’elle arrive devant ma salle de classe. Et là elle m’a trouvée, entourée de grands garçons. Des garçons de CM2, plus grands que moi. Maman a vu ça et la colère l’a envahie d’un coup. Comme toute maman l’aurait fait, elle m’a regardée et a dit : “ça va pas chez toi ? Tu as quel problème ? Tu fais quoi avec ces garçons là ?”.

Moi je n’ai pas répondu, je ne pouvais pas répondre. Mon corps était figé, mes jambes ne voulaient plus bouger, quelque chose en moi était cassé, mais je ne savais pas encore mettre des mots dessus. J’étais comme une petite fille qui vient de traverser quelque chose d’atroce, parce que c’est exactement ce que j’étais.

On est rentrées à la maison. Vous connaissez les mamans africaines. Je n’ai pas besoin de vous faire un dessin. Maman continuait de parler, de questionner “tu faisais quoi avec ces garçons ? Je n’aime pas ça du tout”.

Et c’est dans ce moment là, dans cette chaleur difficile de la maison, que j’ai commencé à parler. J’ai expliqué à maman que ces garçons qui étaient autour de moi, me touchaient, ils ont soulevé ma jupe et ont enfoncé leurs mains. Maman s’est tue, je ne sais pas ce qui s’est passé sur son visage à ce moment là. Je regardais par terre mais je sentais que quelque chose venait de changer dans la pièce. Toute furieuse elle a dit elle irait à l’école le lendemain matin pour parler de tout ça.

Mais le soir, mon corps a parlé avant elle. J’ai commencé à ne pas me sentir bien, la fièvre est montée, montée, une grosse fièvre. On m’a emmenée à l’hôpital d’urgence.

Les docteurs ont fait des examens, plusieurs diagnostics. Et puis l’un d’eux a trouvé quelque chose, mon sphincter anal (anus) était déchiré. C’est là que maman a compris que ce n’était pas seulement les garçons de CM2. Les questions ont recommencé, doucement cette fois. Et moi, dans ce lit d’hôpital avec la fièvre et la douleur j’ai dit la vérité que je portais depuis des heures. “Maman, c’est Monsieur”.

Monsieur m’avait appelée dans son bureau, il avait fermé la porte. Il avait fait des choses que je ne comprenais pas. Et au milieu de tout ça, quelqu’un est venu frapper à la porte. Monsieur m’a regardée, il a posé son doigt sur ses lèvres et il a dit à la personne dehors qu’il était en train de dormir et ne voulait pas être dérangé. La personne est repartie et moi je suis restée.

Tatas, tontons je vais vous dire quelque chose qui m’a fait croire que c’était de ma faute. Maman m’a toujours appris à obéir aux grandes personnes, elle m’a dit qu’on ne dit pas non aux grandes personnes. Qu’il faut écouter, respecter et obéir.

Alors quand Monsieur m’a dit de venir, j’ai suivi. Quand il a fermé la porte, je n’ai pas bougé. Quand il m’a dit de me taire, je me suis tue. Pour moi c’était normal, je faisais ce qu’on m’avait appris à faire, respecter les grands.

Ce n’est que dans ce lit d’hôpital que j’ai compris que non. Que ce n’était pas normal , que ce n’était pas de ma faute.

Maman, accompagnée du docteur a porté plainte. Monsieur a été arrêté et conduit à la maison d’arrêt de Ouagadougou. Il y a eu un premier procès. Lors de ce procès Monsieur a demandé la clémence du juge. Vous savez ce qu’il a dit ? Il a dit que sa femme était enceinte. Comme si sa femme pouvait effacer ce qu’il a fait à mon corps.

Et l’école. Cette même école a engagé deux avocats pour le défendre, deux avocats pour lui. Et moi, j’avais juste ma maman et une association qui nous a prise en charge.

Depuis ce jour, ma vie c’est école – psychologue – maison. École – psychologue – maison. Je n’ai plus de vie d’enfant, j’ai même changé d’école car je suis toujours traumatisée. Je n’ai plus les rires d’avant, mes notes ont baissé parce que ma tête est ailleurs , toujours ailleurs. La nuit je me réveille parfois et quelque chose en moi a peur, une peur que je n’arrive pas à nommer.
Je suis traumatisée à 9 ans

Le deuxième procès est prévu pour le 8 mai au TGI 2 de Karpala. Cette histoire ne doit pas rester silencieuse.

Tatas, tontons, partagez, parlez. Faites du bruit, parce que moi à 9 ans je ne peux pas me battre seule avec ma mère. Parce que si vous vous taisez, d’autres petites filles comme moi continueront d’obéir à des Monsieur qui ferment des portes.

Aidez moi à avoir justice, pour moi Violette. Et pour toutes celles qui n’ont pas encore trouvé la force de parler.

#Ministère de la famille et de la solidarité du Burkina Faso 

#Ministère de la Justice et des Droits Humains

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FasoAmazone.net

 

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