Infertilité au Burkina Faso : quand le désir d’enfant devient une épreuve sociale et psychologique pour les femmes

0
8
Infertilité au Burkina Faso : une femme témoigne d’une épreuve encore marquée par le silence et la stigmatisation. © FasoAmazone

Au Burkina Faso, l’infertilité reste entourée de silence, de préjugés et de pressions sociales. Souvent portée à tort comme une responsabilité essentiellement féminine, elle peut profondément affecter la vie des femmes et des couples. À travers le témoignage d’une femme concernée, les éclairages de la psychologue-chercheure Kiswendsida Noélie KOURAOGO et les explications de l’imam Idrissa Sakandé, FasoAmazone explore les conséquences invisibles de l’infertilité et les pistes pour mieux accompagner celles et ceux qui y sont confrontés.

Quand l’absence d’enfant devient une épreuve

Derrière le mot « infertilité » se cachent des histoires personnelles, des attentes, des espoirs et parfois de profondes blessures. Pour certaines femmes, l’absence d’enfant ne constitue pas seulement une difficulté vécue dans l’intimité du couple. Elle peut devenir une épreuve exposée au regard de la famille et de la communauté.

Dans son témoignage recueilli par FasoAmazone, une femme confrontée à l’infertilité raconte son expérience et les difficultés auxquelles elle est confrontée.

Son histoire donne un visage humain à une réalité dont on parle encore difficilement.

Car, au-delà des éventuelles démarches médicales, l’infertilité peut entraîner une succession de questions, de remarques et de pressions qui fragilisent davantage les personnes concernées.

Une souffrance psychologique souvent invisible

Pour Mme Kiswendsida Noélie KOURAOGO, psychologue-chercheure, l’infertilité touche profondément l’identité individuelle et sociale.

Elle explique que, dans le contexte burkinabè, où la maternité demeure fortement associée à l’identité féminine et au statut social, une femme confrontée à l’infertilité peut vivre « un véritable deuil symbolique », celui du désir d’enfant.

Cette situation peut s’accompagner, selon la spécialiste, d’un sentiment d’échec personnel, d’une baisse de l’estime de soi et d’une altération de l’image corporelle. Elle évoque également des manifestations anxieuses et dépressives, une tristesse persistante, un sentiment d’impuissance et une importante fatigue émotionnelle.

Kiswendsida Noélie KOURAOGO, psychologue-chercheure, analyse les conséquences psychologiques et sociales de l’infertilité. © FasoAmazone

Mais la souffrance ne vient pas uniquement de l’intérieur.

Dans certaines communautés, explique-t-elle, le désir d’enfant dépasse le cadre du couple et devient une préoccupation de la famille élargie. L’infertilité peut alors devenir une « épreuve publique », exposant la femme aux remarques, aux regards, voire à la peur du divorce ou de la polygamie.

Face à ces situations, certaines femmes peuvent finir par s’isoler afin d’échapper aux humiliations et au sentiment de honte, ce qui peut renforcer leur détresse.

Pourquoi la femme est-elle encore désignée en premier ?

La psychologue-chercheure attire également l’attention sur une autre dimension : l’asymétrie dans la perception de l’infertilité.

Selon elle, alors que l’infertilité peut avoir une origine masculine dans une proportion importante des cas, la responsabilité sociale continue souvent d’être attribuée principalement à la femme.

Cette perception peut conduire celle-ci à porter seule le poids de la culpabilité, des consultations répétées et parfois de parcours thérapeutiques longs et éprouvants.

D’où la nécessité, selon la spécialiste, de considérer l’infertilité comme une question qui concerne le couple et non un seul partenaire.

Le regard de l’islam : mariage et enfant, deux bénédictions distinctes

L’imam Idrissa Sakandé, à Saaba, dans la commune de Ouagadougou, apporte pour sa part un éclairage religieux.

Selon lui, l’infertilité est encore souvent portée sur la femme et considérée comme une malchance, avec des représentations qui peuvent rendre la vie difficile aux personnes concernées.

L’imam Idrissa Sakandé apporte un éclairage religieux sur les perceptions liées à l’infertilité. © FasoAmazone

Mais, rappelle-t-il, le mariage et le fait d’avoir un enfant sont deux choses différentes.

« Se mettre en couple, se marier et avoir un enfant sont totalement différents. Se marier est une grâce et avoir un enfant est une autre grâce d’Allah le Tout-Puissant. »

L’imam invite ainsi hommes et femmes à la patience et à la réflexion avant de porter un jugement sur une personne confrontée à l’infertilité.

Son conseil s’adresse également à l’entourage : se demander « si c’était ma fille et mon fils », afin de mieux mesurer la portée des paroles et des comportements envers les personnes concernées.

S’appuyant sur les versets 49 et 50 de la sourate 42 du Coran, l’imam rappelle également que la conception et l’infertilité relèvent, dans sa compréhension religieuse, de la création et de la volonté d’Allah.

« Donc ce n’est pas de malchance ni autres, mais c’est la création d’Allah. »

Comment mieux accompagner les couples ?

Pour Mme KOURAOGO, la réponse commence d’abord par le respect de la vie privée du couple.

Les proches doivent éviter les questions intrusives et les conseils non sollicités, particulièrement lors des rencontres familiales. La valeur d’une femme ne devrait pas être réduite à sa capacité à avoir des enfants.

Dans le couple, la psychologue recommande également de préserver la communication et de considérer l’infertilité comme un défi partagé.

L’homme doit notamment s’impliquer dans les démarches médicales et effectuer lui aussi les examens nécessaires. Le couple doit pouvoir faire bloc face aux pressions extérieures, préserver son intimité émotionnelle et continuer à construire des projets communs.

À l’échelle communautaire, elle préconise enfin davantage de sensibilisation et d’éducation à la santé reproductive, afin de faire comprendre que l’infertilité est une condition médicale pouvant concerner aussi bien l’homme que la femme.

Elle encourage également le recours aux professionnels de la santé mentale lorsque la souffrance psychologique devient importante.

Changer le regard pour alléger le poids de l’infertilité

L’infertilité ne se résume donc pas à l’absence d’un enfant. Elle peut toucher l’estime de soi, la vie conjugale, les relations familiales et la place que la personne pense occuper dans la société.

Les trois témoignages recueillis par FasoAmazone — celui d’une femme directement concernée, celui d’une psychologue-chercheure et celui d’un responsable religieux — convergent sur un point essentiel : la personne confrontée à l’infertilité a besoin d’écoute et d’accompagnement, plutôt que de culpabilisation.

La famille peut contribuer à alléger cette épreuve par la discrétion et le soutien. Le couple peut la traverser comme une difficulté partagée. Et la communauté peut participer à déconstruire les préjugés qui font encore de l’infertilité une source de honte.

Parce qu’avant d’être une question de maternité ou de paternité, l’infertilité est aussi une expérience humaine. Et aucune femme ne devrait voir sa valeur réduite à sa capacité à donner naissance.

Horossi 

FasoAmazone.net

🌹 FasoAmazone — Informer • Valoriser • Inspirer

Email: fasoamazone@fasoamazone.net

LAISSER UN COMMENTAIRE

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.