HOMMAGE | Vingt-cinq ans après sa mort tragique, survenue le 13 octobre 2001 à Ouagadougou, le Père Celestino Di Giovambattista demeure une figure marquante de l’engagement missionnaire au Burkina Faso. Prêtre camillien d’origine italienne, naturalisé Burkinabè en 1994, il a consacré près de trois décennies de sa vie à la formation des jeunes, à l’accompagnement spirituel et au service des plus vulnérables. Son parcours reste le témoignage d’une vie offerte à Dieu et aux autres.
Père Celestino, une vie consacrée au service des autres
Né le 24 avril 1934 à Massa d’Albe, en Italie, au sein du foyer de Nicola et Elisabetta Staffieri, Celestino Di Giovambattista répond très tôt à sa vocation religieuse. Le 6 octobre 1946, il rejoint le scolasticat camillien de Rome pour entamer sa formation sacerdotale.
En octobre 1950, il entre au noviciat et revêt l’habit religieux. L’année suivante, il prononce ses premiers vœux et reçoit la croix rouge des Camilliens, symbole de son engagement au service des malades et des personnes souffrantes.
Sa consécration religieuse devient définitive en mai 1955, avec sa profession solennelle. Ordonné prêtre en 1958, il commence son ministère pastoral dans la paroisse romaine Saint-Camille.
Sa vocation le conduit ensuite auprès de jeunes fragilisés par la maladie, notamment au centre de santé camillien de San Martino al Cimino, près de Viterbe. Il poursuit également son engagement auprès de jeunes en situation de handicap physique et mental, avant d’exercer des responsabilités pastorales et éducatives à Bucchianico, ville intimement liée à l’histoire de saint Camille de Lellis, fondateur de l’ordre des Camilliens.
Mais un autre horizon se dessine bientôt : celui de la mission en Afrique.
Burkina Faso : près de 30 ans d’engagement missionnaire
Le 27 août 1972 marque une étape décisive dans la vie du Père Celestino. Il arrive au Burkina Faso, où les religieux camilliens sont présents depuis octobre 1966.
Affecté à la communauté de la paroisse Saint-Camille de Ouagadougou, il devient maître des profès. En 1974, il prend la direction du petit séminaire camillien, aujourd’hui connu sous le nom de juvénat Saint-Camille.
Durant près de deux décennies, il se consacre à la formation des futurs prêtres, à l’encadrement des jeunes et à l’accompagnement spirituel des fidèles. Parallèlement à ses responsabilités éducatives, il assure également la charge de curé de la paroisse Saint-Camille.
Son ministère se distingue par sa proximité avec les populations et son engagement concret au service de la communauté. Pour lui, la mission sacerdotale ne se limite pas à la célébration des offices religieux : elle se vit aussi dans l’écoute, l’éducation, la solidarité et l’attention portée aux personnes les plus fragiles.
Cet attachement profond au Burkina Faso est officiellement reconnu le 24 février 1994, lorsque les autorités burkinabè lui accordent la nationalité burkinabè et le distinguent du titre de Chevalier de l’Ordre du Mérite burkinabè.
Au fil des années, le missionnaire italien est devenu un homme profondément attaché à sa terre d’accueil, qu’il a servie avec dévouement.
Un engagement pastoral qui se poursuit jusqu’au bout
En 2001, après environ vingt années à la tête de la paroisse Saint-Camille, le Père Celestino transmet ses responsabilités à un jeune confrère camillien burkinabè.
Ce passage de relais marque une nouvelle étape dans la vie de la communauté paroissiale. Mais il ne signifie pas la fin de son engagement pastoral.
Même après avoir quitté ses fonctions de curé, il continue de servir les autres, notamment à travers ses visites aux détenus de la prison centrale de Ouagadougou.
C’est au cours de l’une de ces visites que survient le drame qui bouleversera la communauté catholique et de nombreuses personnes au Burkina Faso.
13 octobre 2001 : le drame qui bouleverse Ouagadougou
Le samedi 13 octobre 2001, vers 9 h 30, le Père Celestino se trouve à la prison centrale de Ouagadougou dans le cadre de son ministère pastoral auprès des détenus.
Selon le récit publié par le journaliste burkinabè San Evaristo Barro dans L’Observateur Dimanche, le 15 octobre 2001, le prêtre s’y était notamment rendu pour suivre l’avancement de travaux de construction de sanitaires, financés grâce à des fonds qu’il avait recueillis auprès de bienfaiteurs italiens.
Au cours de cette visite, un détenu le frappe violemment à coups de hache.
Grièvement blessé, le religieux est évacué en urgence vers un centre hospitalier. Malgré les soins prodigués, son état ne permet pas de le sauver. Le Père Celestino rend l’âme à 13 h 15, à l’âge de 67 ans.
Selon le témoignage rapporté à l’époque, alors qu’il était grièvement blessé, il aurait pardonné à son agresseur en reprenant les paroles du Christ en croix :
« Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Ces paroles, profondément ancrées dans la tradition chrétienne, donnent à sa disparition une dimension spirituelle particulière pour ceux qui voient dans son parcours un témoignage de pardon et de charité.
Sa mort, survenue après près de trente années de présence au Burkina Faso, laisse derrière elle une communauté profondément éprouvée.
Des milliers de personnes pour lui rendre un dernier hommage
Le 20 octobre 2001, une foule immense se rassemble à la paroisse Saint-Camille de Ouagadougou pour accompagner le Père Celestino à sa dernière demeure.
Dans son article publié deux jours après le drame, le journaliste San Evaristo Barro rapporte que des milliers de personnes ont accouru à la paroisse pour pleurer celui qu’elles considéraient toujours comme leur curé, bien qu’il eût transmis ses responsabilités quelques mois auparavant.
Le récit évoque une assistance estimée à au moins 10 000 personnes, selon les informations communiquées à l’époque par ses confrères.
Cette mobilisation populaire témoigne de l’attachement que le religieux avait suscité au sein de la population.
Au-delà de sa fonction sacerdotale, le Père Celestino avait noué des liens humains profonds avec les fidèles, les jeunes et les personnes qu’il accompagnait. Sa disparition a ainsi touché bien au-delà des seuls cercles religieux.
Père Celestino, un héritage de foi, de pardon et de solidarité
Vingt-cinq ans après sa disparition, le parcours du Père Celestino Di Giovambattista invite à réfléchir à la portée d’une vie consacrée au service des autres.
Son engagement au Burkina Faso rappelle l’importance de l’éducation, de l’accompagnement spirituel, de la solidarité et de l’attention portée aux personnes souvent oubliées de la société.
Des jeunes qu’il a accompagnés aux fidèles de la paroisse Saint-Camille, en passant par les détenus auprès desquels il poursuivait son ministère, son action s’est inscrite dans une volonté constante de servir et de soutenir les autres.
Sa nationalité burkinabè, obtenue en 1994, symbolise également les liens profonds qu’il avait tissés avec son pays d’accueil.
Son histoire demeure ainsi celle d’un homme venu d’Italie, mais qui a consacré une grande partie de son existence au Burkina Faso, jusqu’à y perdre la vie dans l’exercice de son ministère.
Dans la tradition chrétienne, la mémoire des martyrs est associée à la fidélité à la foi, au don de soi et à l’espérance. La formule attribuée à Tertullien, selon laquelle « le sang des martyrs est une semence de nouveaux chrétiens », prend un écho particulier dans l’évocation de son parcours.
Un homme disparu, une mémoire vivante
Le 13 octobre 2026 marque le 25ᵉ anniversaire de la mort du Père Celestino Di Giovambattista.
Un quart de siècle après ce drame, son histoire rappelle qu’une vie peut laisser une empreinte durable lorsqu’elle est consacrée à l’éducation, à la foi, à la solidarité et au service des plus vulnérables.
Son parcours demeure un témoignage de dévouement et d’attachement au Burkina Faso, ce pays qu’il a choisi de servir pendant près de trente ans.
Repose en paix, cher Père Celestino.
Que ta mémoire continue d’inspirer des générations de femmes et d’hommes engagés au service de la foi, de la paix, du pardon et de la dignité humaine.
Prie pour nous et pour le Burkina Faso que tu as tant aimé et servi.
Source: Camilliens-Burkina















