8 mars 2023: l’Enseignant-chercheure, Edith Nibaoué DAH s’exprime sur le féminisme, et s’insurge contre le patriarca

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Édith Nibaoué DAh,

8 mars 2023

A l’occasion de la 166è Journée internationale des femmes, 8 mars 2023, Faso Amazone.net a rencontré madame DAH Nibaoué Edith,  enseignant-chercheure, nommée Assistante à l’Université Joseph KI-ZERBO de Ouagadougou.  Avec elle, nous avons échangé sur son parcours, autour du  féministe, le « patriarcat  » système d’oppression, l’engagement des femmes au Burkina Faso, etc.  

Je suis DAH Nibaoué Édith. Originaire du Sud-ouest du Burkina Faso, plus précisément de Legmoin.

Je suis née à Korhogo en Côte d’ivoire. J’ai fait le cycle primaire à l’école catholique Jean-Paul II de Bouna (Nord-est de la Côte d’ivoire), où j’ai obtenu mon certificat d’étude primaire (CEP).

C’est dans cette même ville que j’ai commencé le premier cycle des études secondaires que j’ai poursuivies à Korhogo (suite à la nouvelle affectation de mon papa dans la région du Nord) au collège moderne où j’ai obtenu mon brevet d’étude du premier cycle (BEPC). Orientée au lycée moderne de Korhogo, je termine mes études du secondaire à la fin desquelles j’obtiens un Baccalauréat A2.

Inscrite à l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest / Unité Universitaire d’Abidjan (UCAO-UUA) en faculté de philosophie, je suis un parcours de formation à l’issu duquel j’obtiens un MASTER en philosophie. Rentrée au Burkina Faso en 2012, j’obtiens une autorisation d’inscription en thèse à l’Université Ouaga I / Pr. Joseph KI-ZERBO devenue Université Joseph KI-ZERBO.

Inscrite à L’UFR-SH, au Département de Philosophie / Psychologie, option Histoire de la philosophie / Philosophie politique et morale, j’ai mené mes travaux de recherche sous la direction du Professeur KONE Cyrille. J’ai soutenu ma thèse de Doctorat unique le 02 août 2017 sur le thème : « Éthique et politique chez Aristote : la question de la citoyenneté ».

En janvier 2019 j’ai été recrutée comme enseignant-chercheure et nommée comme Assistante à l’Université Joseph KI-ZERBO de Ouagadougou. Mes principaux centres d’intérêt sont la philosophie politique et morale et la philosophie antique. Les travaux publiés portent sur la philosophie politique, la citoyenneté, l’éthique, la démocratie et le féminisme. Et j’ai été inscrite sur la liste d’Aptitude aux fonctions de Maître-Assistant, au CAMES en juillet 2022.

Vous venez de participer à l’atelier de formation des féministes du Burkina Faso, quelles sont vos appréciations ?
Effectivement, j’ai participé à la formation sur le féminisme organisée par le collectif des féministes du Burkina tenue du 5 au 11 février 2023. C’est une formation qui était riche en contenu et elle m’a permis de faire la rencontre d’autres féministes avec lesquelles nous avons partagé nos différentes expériences.

Qu’est-ce qui vous a motivé à intégrer le collectif des féministes du Burkina Faso ?
Ayant des tendances féministes, je pense que le collectif est non seulement le cadre idéal pour mieux apprendre sur le féminisme et m’approprier ses idéaux mais aussi et surtout c’est le lieu pour un engagement effectif avec d’autres femmes dans la lutte contre les inégalités et les injustices pour une société épanouie.

Que retenir de cette formation des féministes du Burkina qui s’est deroulée du 5 au 10 février 2023 à Loumbila?
La formation s’est déroulée en quatre (4) grands moments. Dans un premier temps, il nous a été donné de déplier le concept de féminisme afin d’éviter toutes les confusions autour de la notion et les suspicions que cela engendre. On entend parfois des personnes, bien que présentant des caractéristiques de féministe, clamer : « je ne suis pas féministe ». Et cela s’explique par le fait que le féminisme est parfois présenté comme un combat contre les hommes. Cette formation a permis de redessiner les contours du féminisme afin d’éviter toute ambiguïté.

Si l’on se réfère à la définition la plus simple que propose Le Petit Robert, on constate que le féminisme est l’« attitude de ceux et celles qui souhaitent que les droits des femmes soient les mêmes que ceux des hommes ». On remarque donc que le féminisme n’est pas un combat contre les hommes, mais bien une lutte pour l’égalité de droits entre les femmes et les hommes, ce qui est bien différent. La réalité est que, défendre les droits des femmes, lutter afin qu’elles accèdent aux mêmes droits, aux mêmes places ébranle certains hommes tout comme certaines femmes. En fait, partager des droits signifie que ceux qui détiennent le pouvoir perdent certains privilèges acquis sur le seul « avantage » lié au genre. Par exemple, partager pleinement les responsabilités parentales signifie parfois mettre l’avancement professionnel sur la glace un certain temps.

De cette formation, je retiens que le féminisme pourrait être résumé en quelques points qui pourraient aider ceux qui hésitent encore, à pouvoir se qualifier fièrement de féministe.

Le féminisme n’est pas une maladie mentale. C’est un concept qui caractérise des femmes et même des hommes qui sont des personnes saines d’esprit. Il s’apparente à une autocritique qui aime la discussion dans le respect des différences ; il évolue, écoute et s’enrichit au contact de nouvelles idées

Le féminisme est une conviction profonde en la dignité humaine. Bien que dérangeant et décoiffant, il représente un ensemble de doctrines qui dénonce les injustices envers les femmes et travaille pour une société plus juste, équitable et épanouie pour toutes et tous.

Loin de vouloir rendre les femmes supérieures aux hommes, il vise à permettre aux femmes et aux jeunes filles de se réaliser pleinement. C’est en ce sens qu’il dénonce la discrimination systémique liée à la prédominance du patriarcat qui empêche les femmes d’avancer et propose des solutions individuelles comme collectives.

En somme, le féminisme est un ensemble de mouvements sociaux, théoriques et engagés qui aspire à tous les possibles pour l’épanouissement de toute la société.

Au deuxième moment de la rencontre, a permis de retracer la ligne des différents courants et vagues du féminisme, des différentes conférences internationales dans l’histoire, de situer l’intérêt du féminisme dans contexte particulier du Burkina Faso et déconstruire les mythes sexistes. Malgré toutes les conquêtes des femmes, celles-ci restent des personnes de seconde zone.

La lutte contre l’inégalité et la discrimination des femmes reste actuelle. L’égalité des chances, le droit de vote, le droit égal à une formation, ça ne suffit apparemment pas pour traiter la femme comme une personne égale à part entière. Il y a un phénomène profondément enraciné et caché en surface. Les comportements abusifs, les agressions sexuelles et les abus de pouvoir purs et simples semblent être la règle générale. Malheureusement, il existe un ordre systématique par lequel les hommes dominent les femmes, et ceci jusque dans les aspects les plus intimes de la vie.

Cette inégalité structurelle est ce que l’on pourrait appeler le sexisme. Toutes les expressions du sexisme renforcent cette inégalité. Des salaires inégaux, la double journée de travail pour les femmes, des emplois précaires, une faible représentation politique, une présence significativement moindre dans la vie sociale et dans l’espace public, le langage sexiste, toutes ces choses semblent difficiles à combattre puisqu’elles sont tellement omniprésentes au quotidien.
Le troisième moment de la formation a consisté identifier les piliers de l’oppression. L’oppression des femmes est très ancienne.

Elle préexiste non seulement au capitalisme qui est aussi un système d’oppression plus global mais elle est surtout dû à la prédominance du patriarcat. On appelle « patriarcat » l’oppression que les femmes subissent en tant que femmes de la part des hommes. Cette oppression se reproduit de multiples façons au-delà de l’aspect strictement économique  à savoir par le langage, la filiation, les stéréotypes, les religions, la culture… Cette oppression prend des formes très différentes selon par exemple qu’on vit au Nord ou au Sud de la planète, en milieu urbain ou en milieu rural.
La révolte contre l’oppression ou l’exploitation ressentie ne débouche pas ipso facto sur la mise en cause du patriarcat. Pour cela, il faut encore pouvoir se débarrasser des explications les plus courantes, qu’elles soient d’inspiration ou psychologique pour déboucher sur une critique politique du patriarcat, en tant que système de pouvoir dynamique, capable de se perpétuer, et qui résiste à toute transformation de son noyau central : la suprématie des hommes.
Être féministe, c’est donc prendre conscience de cette oppression qui est un système et travailler à le détruire pour permettre l’émancipation véritable des femmes.

Les violences basées sur le genre(VBG)

Ce troisième moment de la formation était aussi le lieu de revenir sur les formes, les causes, et les conséquences des violences sexuelles basées sur le genre (VSBG) ou les violences basées sur le genre (VBG) afin de penser les moyens de prévention et de luttes contre ces violences.

Le dernier moment de la rencontre a permis de revoir les différents engagements au niveau international, régional et en particulier au national qui concerne le Burkina Faso. Il s’agissait de faire le point des acquis et trouver d’autres stratégies de lutte pour une victoire totale.

Qu’est-ce qui va changer dorénavant dans votre vie et environnement ?
Déjà, à travers certains de mes écrits, je dénonce les inégalités qui continuent d’exister dans nos différentes sociétés et j’invite surtout les femmes à oser lutter pour leur émancipation. Après cette formation, je pense non seulement continuer dans ce sens, mais aussi, toutes les fois que l’occasion se présentera, je n’hésiterai pas à m’engager activement dans la lutte contre les inégalités pour une société plus épanouie.

Selon le constat, il y a beaucoup de violences basées sur le genre (VBG) ; donnez-nous des exemples de VBG que vous constatez autour de vous que vous connaissez.

La violence basée sur le genre (VBG), parfois aussi appelée violence sexiste, se réfère à l’ensemble des actes nuisibles, dirigés contre un individu ou un groupe d’individus en raison de leur identité de genre. Elle prend racine dans l’inégalité entre les sexes, l’abus de pouvoir et les normes néfastes.  Cette expression est principalement utilisée pour souligner le fait que les déséquilibres de pouvoir, structurels, fondés sur le genre, placent les femmes et les filles dans une position leur faisant courir un plus grand risque d’être l’objet de multiples formes de violence. Et même si ce sont elles qui souffrent de façon disproportionnée de la VBG, elles ne sont pas les seules et les hommes et les garçons peuvent aussi en être la cible.

L’expression est également parfois utilisée pour décrire la violence à l’encontre des populations LGBTQI, s’agissant de la discrimination dont elles font l’objet, liée en particulier aux normes de masculinité/féminité et/ou de genre.

La violence basée sur le genre est l’une des atteintes aux droits de la personne les plus fréquentes dans le monde.

Elle se produisant et se répète au quotidien dans tous les pays. Elle entraîne pour les personnes qui en sont victimes de graves conséquences physiques, économiques et psychologiques, … à court et à long terme, entravant leur participation pleine et égalitaire à la vie en société. L’ampleur de son impact, tant sur les survivantes que sur leurs familles et même sur l’ensemble de la société, est incommensurable.
La violence basée sur le genre se réfère en général à la typologie suivante:

Violence économique : elle consiste à rendre (ou tenter de rendre) une personne financièrement dépendante en maintenant un contrôle total sur ses ressources financières, en refusant l’accès à l’argent et/ou en lui interdisant d’aller à l’école ou de travailler.

Violence psychologique : Elle consiste à provoquer de la peur par l’intimidation ; à menacer de se nuire à soi-même, à son partenaire ou à ses enfants, à détruire des biens, voire des animaux de compagnie ; à jouer un « jeu psychologique » ou manipulateur ; ou à obliger à l’isolement de la personne, en la privant de voir ses amis, sa famille, d’aller à l’école ou au travail.

Violence émotionnelle: Elle consiste à miner le sentiment d’estime de soi d’une personne par le biais de critiques constantes, à la déconsidérer en minimisant ses capacités, à la traiter de tous les noms ou à proférer des menaces verbales, à nuire à la relation du partenaire avec ses enfants ou encore à ne pas le/la laisser voir ses amis et/ou sa famille.

Violence physique: Elle suppose une agression physique ou une tentative d’agression du partenaire (coups et blessures, coups de pied et coups de poing, brûlures, tirage par les cheveux, gifles, pincements, morsures, etc.) en refusant l’accès aux soins médicaux ou en obligeant à la consommation d’alcool et/ou de drogues, ou en utilisant tout type de force physique. Celle-ci entraîne parfois des dégâts matériels.

Violence sexuelle : Elle consiste à forcer un partenaire à prendre part à un acte sexuel sans son consentement.
Malheureusement, plusieurs personnes sont encore victimes au quotidien de l’une ou plusieurs de ces formes de violences dont elles souffrent le plus souvent silencieusement.

 

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