72h de l’économie informelle : Sylvie Wari, l’experte du poisson fumé qui fait vivre les saveurs de Bagré.

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En marge des 72 heures de l’économie informelle qui se tiennent actuellement dans la capitale burkinabè, Sylvie Wari expose à la rue marchande à la place de la révolution, du poisson fumé, des produits qui captive et crée de l’engouement dans son stand.

Sylvie Wari, l’experte du poisson fumé

Native de Bagré, une localité réputée pour son grand barrage et ses ressources halieutiques, Sylvie Wari est loin d’être une novice. La cinquantaine bien sonnée, elle manie la fumée et le feu avec une maîtrise acquise depuis le début du millénaire. « Moi, je suis dans l’activité du fumage depuis 2000. C’est une activité bénéfique et très rentable », confie-t-elle avec l’assurance de celle qui a vu défiler les années et les techniques.

Sylvie Wari, l’experte du poisson fumé

Si le fumage peut sembler rustique pour le profane, Sylvie Wari rappelle qu’il s’agit d’une science culinaire à part entière qui ne supporte pas l’improvisation. « Ce n’est pas tous les poissons qui se fument de la même manière », explique-t-elle, le geste précis. « Si tu prends les carpes, par exemple, il faut d’abord enlever leurs écailles avant de les éventrer pour retirer les saletés, les laver soigneusement, et seulement ensuite les mettre au feu pour procéder au fumage. » Une rigueur qui garantit un produit de qualité, à la chair ferme et au goût incomparable.

Pour alimenter son commerce, Sylvie Wari travaille en circuit court, se ravitaillant directement auprès des pêcheurs locaux du grand barrage de Bagré. Cette proximité avec la matière première lui permet de sélectionner les meilleures prises, participant ainsi à la vitalité économique de toute une filière régionale.

Consciente que l’union fait la force, Sylvie Wari évolue au sein d’une coopérative des femmes fumeuses de poisson de Bagré. Cette organisation est un pilier essentiel pour mieux encadrer le travail, défendre les intérêts des actrices et surtout bénéficier d’un accompagnement technique et matériel indispensable pour pérenniser l’activité.

Côté commerce, la dame de fer du poisson fumé sait s’adapter à toutes les bourses. « Nous vendons par kilo au prix de 6 000 F CFA, mais on enlève aussi en demi-kilo et souvent en détails pour certains clients », détaille-t-elle. Une souplesse commerciale qui lui permet, selon ses dires, de « tirer son épingle du jeu » même dans un contexte économique parfois difficile.

Au-delà de la technique de cuisson, Sylvie Wari insiste sur un point crucial souvent négligé : l’hygiène et la conservation. Dans un pays où la chaleur peut rapidement altérer les denrées, sa vigilance est permanente. « Il faut de temps en temps réchauffer ton poisson fumé, pour éviter que les mouches ne pondent leurs œufs et gâtent tes produits », prévient-elle avec sagesse. Une astuce de grand-mère qui témoigne d’un profond respect pour la santé du consommateur.

Alors que les 72 heures de l’économie informelle battent leur plein, Sylvie Wari porte un message fort pour son secteur. « Le poisson est important pour la population, car ça complète les produits de l’élevage. Ce secteur mérite d’être soutenu », plaide-t-elle.

Une voix qui porte l’écho de centaines de femmes transformatrices des zones rurales, véritables artisanes de la sécurité alimentaire et de l’économie locale burkinabè.

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