
Bachelet, Grynspan, Espinosa, Rodrigues Birkett : quatre parcours, quatre visions et un même objectif historique
Le monde retient son souffle. Pour la première fois dans l’histoire des Nations unies, la perspective de voir une femme accéder au poste de Secrétaire générale apparaît au cœur de la course à la succession d’António Guterres.
Quatre femmes sont aujourd’hui officiellement engagées dans cette bataille internationale : Michelle Bachelet du Chili, Rebeca Grynspan du Costa Rica, María Fernanda Espinosa de l’Équateur et Carolyn Rodrigues Birkett de la Guyana.
Leurs parcours sont très différents. Mais toutes disposent d’une solide expérience politique, diplomatique ou multilatérale.
🇨🇱 Michelle Bachelet : l’expérience d’une ancienne cheffe d’État
Deux fois présidente du Chili, ancienne ministre de la Santé et de la Défense, Michelle Bachelet possède l’un des profils politiques les plus expérimentés de la compétition.
Elle a également dirigé ONU Femmes à ses débuts, avant de devenir Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. Son parcours lui confère une expérience à la fois nationale et internationale, ainsi qu’une forte connaissance des questions de droits humains et d’égalité.

Ancienne présidente du Chili, ancienne directrice exécutive d’ONU Femmes et ancienne Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.
Son atout
Une expérience exceptionnelle de la conduite d’un État et des grandes institutions internationales.
Son défi
Son parcours politique très marqué peut aussi rendre plus complexe la recherche d’un consensus entre des États aux sensibilités géopolitiques très différentes.
🇨🇷 Rebeca Grynspan : la technocrate du multilatéralisme
Économiste et ancienne vice-présidente du Costa Rica, Rebeca Grynspan possède une longue expérience au sein du système des Nations unies.
Elle a été Secrétaire générale de la CNUCED, après avoir occupé des fonctions de haut niveau au PNUD et dans le système économique des Nations unies.
Son parcours est particulièrement marqué par les questions de développement, de financement, de commerce, de dette et de coopération internationale.
Elle a également été élue à l’unanimité à la tête de la Conférence ibéro-américaine par ses 22 États membres, un élément qui illustre sa capacité à construire des compromis multilatéraux.

Économiste, ancienne vice-présidente du Costa Rica et Secrétaire générale de la CNUCED.
Son atout
Une connaissance approfondie de la machine onusienne et une réputation de négociatrice capable de rechercher des compromis.
Le signal à surveiller
Lors du premier scrutin informel du Conseil de sécurité fin juillet, elle est arrivée en tête avec 10 voix favorables, devant Carolyn Rodrigues Birkett et Rafael Grossi. Ce vote reste toutefois préliminaire et non contraignant.
🇪🇨 María Fernanda Espinosa : diplomatie, climat et droits humains
Ancienne ministre équatorienne des Affaires étrangères et de la Défense, María Fernanda Espinosa possède également une importante expérience multilatérale.
Elle a été Présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, devenant la première femme d’Amérique latine et des Caraïbes à occuper cette fonction.
Son parcours comprend également des responsabilités dans les domaines du climat, de la biodiversité, des peuples autochtones, du développement durable et des droits humains.
Elle défend notamment une ONU plus efficace, plus opérationnelle et davantage tournée vers la résolution concrète des problèmes auxquels sont confrontés les États et les populations.

Ancienne ministre équatorienne des Affaires étrangères et ancienne présidente de l’Assemblée générale de l’ONU.
Son atout
Une combinaison rare entre diplomatie politique, expérience onusienne, enjeux environnementaux et défense des droits humains.
Son défi
Elle entre dans la course plus tardivement que certaines autres candidates, après les candidatures de Bachelet et Grynspan déjà engagées depuis plusieurs mois.
🇬🇾 Carolyn Rodrigues Birkett : l’expérience d’une diplomate du Sud
Moins connue du grand public international que Bachelet, Carolyn Rodrigues Birkett dispose néanmoins d’un parcours particulièrement riche.
Ancienne ministre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et de la Coopération internationale de la Guyana, ancienne ministre des Affaires amérindiennes, parlementaire et diplomate, elle est depuis 2020 représentante permanente de son pays auprès de l’ONU.
Elle a notamment dirigé la délégation guyanaise lorsque le pays siégeait au Conseil de sécurité en 2024-2025 et a participé à plusieurs processus intergouvernementaux de haut niveau.

Diplomate et ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana, aujourd’hui représentante permanente de son pays auprès de l’ONU
Son atout
Une expérience directe de la diplomatie multilatérale, du Conseil de sécurité et des négociations entre États.
Son défi
Elle doit encore accroître sa visibilité internationale face à des concurrentes disposant d’une notoriété mondiale plus importante.
Quatre femmes, quatre forces, un même plafond de verre
Ces quatre candidatures racontent aussi quelque chose de l’évolution du leadership féminin mondial.
.Michelle Bachelet incarne l’expérience d’une cheffe d’État et la défense des droits humains.
.Rebeca Grynspan représente l’expertise économique, le développement et la connaissance profonde du système onusien.
.María Fernanda Espinosa porte une expérience de diplomate, de présidente de l’Assemblée générale et de défenseure des enjeux environnementaux et sociaux.
.Carolyn Rodrigues Birkett apporte une expérience diplomatique et multilatérale issue d’un petit État caribéen au poids croissant dans les affaires internationales.
Aucune ne dispose cependant d’un chemin garanti vers le poste.
L’enjeu dépasse la compétition
La sélection du Secrétaire général ne repose pas sur une élection directe par les citoyens du monde.
Le Conseil de sécurité doit recommander un candidat à l’Assemblée générale, et les cinq membres permanents du Conseil — Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie — disposent d’un droit de veto.
La bataille sera donc autant celle des compétences et des visions que celle de la capacité à construire un consensus géopolitique suffisamment large.
Le premier scrutin informel du Conseil de sécurité a déjà apporté un premier signal : Rebeca Grynspan est arrivée en tête, suivie de Carolyn Rodrigues Birkett, tandis que Michelle Bachelet et María Fernanda Espinosa restent dans la course. Mais plusieurs tours peuvent encore intervenir avant qu’une décision ne se dessine.
Le plafond de verre cédera-t-il enfin ?
Depuis la création de l’ONU en 1945, aucune femme n’a encore occupé le poste de Secrétaire générale.
Cette fois, quatre femmes sont dans la course.
Leur présence constitue déjà un moment historique. Mais la véritable rupture serait de voir l’une d’entre elles franchir enfin la dernière porte : celle qui mène au sommet de la gouvernance multilatérale mondiale.
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