Moinaecha Nassor, une femme de poigne et de courage

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Pour comprendre la témérité de cette femme, il faut sans doute revenir sur son parcours. Elle est la première monitrice d’Education physique et sportive (Eps) aux Comores, à une époque où le rôle de la femme était de rester à la maison.

Agée de 75 ans aujourd’hui, le temps n’aura pas eu raison de la grâce de Moinaecha Nassor. Bien que 40 ans se soient écoulés depuis ce lointain crash de 1968, les souvenirs affluaient, tenaces. D’une voix douce, elle s’exprime. Elle se remémore ce drame, survenu ce jour-là. «Nous étions au lycée au moment du crash, nous avons entendu un bruit fort ; nous nous sommes précipités pour aller voir ce qui se passait. Je me souviens que nous avions dû casser une grille. Je me souviens aussi que le personnel de l’aviation civile était monté sur le toit pour voir. C’était affreux, des passagers étaient en train de se noyer, des corps étaient déchiquetés. La mer était tellement houleuse que personne n’osait aller secourir ces pauvres gens.  Par la suite, ceux qui étaient sur la terre ferme ont pu me passer une corde que j’ai enroulée autour de moi. D’autres personnes m’ont rejoint. Nous avons pu sauver 4 personnes, nous n’avons rien pu faire pour les autres. Parmi les survivants, il y en a un qui est mort le mois suivant. Un deuxième est mort au bout d’une année. Un autre a vécu trois ans. J’ignore ce qu’il est advenu du 4ème, je sais juste qu’il est parti en France.»

Une femme téméraire



Pour comprendre cette témérité, il faut sans doute revenir sur son parcours. Elle est la première monitrice d’Education physique sportive (Eps) aux Comores, à une époque où le rôle de la femme était de rester à la maison. Après une formation de deux ans à Madagascar, elle revient aux Comores où elle a commencé à enseigner au lycée Saïd Mohamed Cheikh en 1967. Cette femme de poigne ne se contentera pas d’enseigner. En parallèle, elle s’est lancée avec d’autres collègues dans la formation professionnelle au Centre régional de l’Education physique et sportive. Madame Moinaecha Nassor fait aussi partie des initiatrices de l’Injs ou Institut national de la jeunesse et des sports, même si ‘‘les objectifs du début se sont plus ou moins perdus’’. 

Plus d’un quart de siècle

C’est qu’avant l’ouverture de ce centre, il fallait envoyer les gens à l’extérieur pour se former, ce qui était très lourd financièrement. «Il fallait donc un établissement sur place, raison pour laquelle nous avons ouvert l’Injs», a précisé notre interlocutrice. Elle rêvait grand pour l’Injs, elle a dû revoir ses ambitions à la baisse. L’argent, toujours l’argent. Même si l’Institut aura au  moins «servi à accueillir les différents mouvements sportifs à la fin de l’année par exemple», expliquera-t-elle.

Les belles histoires ayant une fin, elle a dû prendre une décision. L’effectif des employés au lycée Saïd Mohamed devait être réduit. En 1993, elle quittera donc l’établissement scolaire après plus d’un quart de siècle de bons et loyaux services. Elle n’aura pas chômé longtemps. «Après avoir pris mon départ volontaire, j’ai travaillé dans la compagnie Air Comores». Manque de chance, la société fermera quatre mois après l’arrivée de Moinaecha Nassor. Elle retournera donc à Madagascar, là où tout a commencé, d’abord en y représentant une compagnie aérienne. Mais avant le grand départ, la première monitrice a eu le plaisir d’enseigner des centaines et des centaines d’enfants. Certains sont diplomates, d’autres ministres, ou encore président…
Elle se souvient que ce n’était pas facile pour une fille d’aller à l’école quand elle est arrivée, encore plus difficile de leur faire faire du sport. «Celles qui y allaient étaient voilées», a-t-elle affirmé. Elle a aussi le souvenir d’une autorité de l’époque qui voulait empêcher que sa fille aille au-delà de la 6ème.

«Par contre, je connaissais le père de la fillette, j’ai pu le persuader de la laisser continuer, aujourd’hui, cette petite fille est devenue une femme, et elle occupe de grands postes dans ce pays», a-t-elle fait savoir avec un soupçon de fierté dans la voix. Elle aura aussi, avec d’autres collègues,  contribué à sauver ces élèves qui n’arrivaient pas à suivre le cursus académique. «Nous avons créé  l’école de formation professionnelle de maçonnerie, de charpentier et de mécanique  à Ndzuani,  et à Ngazidja nous avons  ouvert l’école ménagère pour permettre aux filles de pouvoir gérer leur propre activité. Il y avait une branche de couture, cuisine et de broderie, dans les années 1980». Décidément, une femme pas comme les autres.


Source: alwatwan.net

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