TECHNOLOGIES : L’espionnage numérique ou téléphonique dans les couples. Ce qu’il faut surtout éviter !

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M. Da Sié Maxime, Ingénieur informatique à la CIL
Avec l’avènement des TICs (technologies de l’information et de la communication), c’est-à-dire le téléphone portable et internet, nous constatons qu’elles sont sources de beaucoup de problèmes et de discordes dans les couples. La question est de savoir si le ou la conjoint(e) est autorisé à lire les messages de sa conjointe et vice versa sans son autorisation ?
Pour toute question concernant l’espionnage numérique ou téléphonique et afin de se prémunir des dérives des TICs, M. Sié Maxime DA, ingénieur informaticien, option cyber sécurité à la CIL, nous prévient des dangers encourus en cas d’infraction.

Tout d’abord je tiens à témoigner ma gratitude au journal Faso Amazone.net, pour cette opportunité que vous m’offrez de m’exprimer sur un sujet aussi sensible dans la vie de tout couple déjà formé ou en perspective de l’être.

 Ceci étant, nul besoin d’insister sur le rôle combien important et incontournable des Tics dans tous les secteurs d’activités. En dehors des opportunités professionnelles qu’offrent les Tics, ils sont aussi un moyen de mieux rapprocher les hommes, de leur permettre de rester en contact et au mieux des cas de tisser des unions.

 Grâce à certains services qu’offrent les Tics et internet (réseaux sociaux, messagerie instantanée…), de nombreux couples ont pu se constituer et de nombreuses unions célébrées.

Pour répondre à votre question, la réponse est non, le téléphone portable est un outil personnel de communication. Dans le couple où l’autorisation de lire n’est pas donnée, chacun peut être tenté de passer par d’autres méthodes non recommandées. C’est ce qui nous intéresse plus à travers la présente problématique que vous me posez ; autrement, c’est de savoir est ce que « l’espionnage numérique ou téléphonique dans les couples » et permettez-moi l’expression, est chose autorisée et sur quelle base. En ma connaissance, il n’y a aucune base légale qui règlemente cette pratique. Cependant, je souligne avec insistance que cela peut dépendre de la sensibilité de chaque couple, basée sur la confiance mutuelle que les partenaires s’accordent ou dans le cas contraire sur la méfiance basée sur des fonds de jalousies ou de soupçons.

Certains couples que je dirai « matures » arrivent à mieux dompter les secrets de leur union en laissant libre cours à l’autre partenaire de pratiquer sa « curiosité numérique » sans qu’il n’y ait de tension quelconque. Ainsi donc, tout part de la confiance mutuelle que les deux partenaires s’accordent. Généralement ces types de couples qui ne se cachent rien sont plus portés à la fidélité. Je voudrais relever aussi en passant que certains partenaires emportent dans leurs domiciles souvent des téléphones à usage professionnel exclusivement, dans ce cas de figure et pour des raisons de discrétion professionnelle, il n’est pas conseillé au conjoint de prendre connaissance du contenu de ce téléphone.

Par contre, certains couples « immatures » en manquent de confiance, s’épient à travers des clins d’œil sur les téléphones au moindre message ou appel reçu.

Enfin, je relèverai qu’aux termes des dispositions de la loi portant protection des données à caractère personnel au Burkina Faso, notamment à son article 48, le fait de communiquer à des tiers non autorisé ou d’accéder sans autorisation ou de la façon illicite aux données à caractère personnel est puni d’une peine d’emprisonnement de trois (03) mois à cinq (05) ans et de un million (1 000 000) à trois millions (3 000 000) de francs CFA d’amende.

Est-ce que c’est une violation des données personnelles ?

Oui, toutes les données qui sont contenues dans mon téléphone portable (les contacts contenus dans mes répertoires, messages reçus et envoyés, historiques de mes appels, images et vidéos, etc…), sont belles et bien des données qui m’appartiennent donc sont du ressort de ma vie privée. Le fait pour une personne d’y accéder sans mon consentement constitue une violation.

Est-ce que le téléphone portable est strictement personnel ?

Au risque de toucher certaines sensibilités, je répondrai que oui, le téléphone portable devrait en principe être strictement personnel. Mais cela ne doit pas nous dispenser de le prêter par moments en cas d’urgence si le ou la conjointe vous le demande. Bien entendu en prenant le soin de rester à côté. Rire.

Cependant, ce qu’il faut éviter, c’est de nourrir une « curiosité numérique nuisible ou malsaine » en lisant les informations personnelles du partenaire qui puisse conduire à des tensions et des crises de couples.

De nos jours, avec les téléphones dits intelligents, il suffit d’installer quelques petits outils ou applications pour restreindre ou verrouiller l’accès aux informations que nous seul souhaitons avoir. Et abracadabra, lorsqu’un curieux voudra s’y aventurer pour lire nos messages, il devra trouver un code ou symbole qui lui permette de le faire.

En passant, un adage souligne que dans ce monde, pour vivre heureux, vaut mieux ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire. C’est une belle parabole qui a tout son sens et à nous de le comprendre aisément.

Et si c’était le cas, que faudra-t-il faire ? Est-ce que le partenaire qui se sentirait lésé peut demander le divorce ou répudier son conjoint(e) ?

Cette question relève de la souveraineté de chaque couple. J’ai présenté les deux options au départ. Il revient à chaque couple de connaitre sa sensibilité, de fixer ses fondements sur la base de la confiance « aveugle » ou de la méfiance envers l’autre en cachant ou cryptant ses données du téléphone. Quoi qu’on dise dans la vie, toute personne a en elle une part de secret qu’elle souhaite toujours conserver dans son intimité.

Ce qu’il faut faire, c’est de connaitre d’abord la nature véritable de son couple et s’assurer que soi- même ne saurait mentir quand on ne voudrait pas que l’autre le fasse. Si on est sincère en soi et sûr de l’autre, c’est de faire comme les couples qui se nourrissent une confiance aveugle en se disant que « le meilleur moyen de garder un secret, c’est de partager à l’autre son secret ». Le cas contraire, mieux vaut verrouiller son téléphone pour parer à toute éventualité.

Sur le deuxième pan de votre question, on ne peut présenter au juge des éléments frauduleusement acquis comme preuve qui puisse soutenir un divorce, si bien que, prétexter de l’infidélité de son conjoint(e) sur la base des SMS ou d’images transférer à son insu ne peut être une preuve valable.

Il s’agira plutôt de la part du (ou de la) conjoint(e) d’une intrusion dans la sphère privée de l’autre.

Toutefois, un sms peut fonder un divorce si la preuve n’a pas été frauduleusement obtenue. Il peut s’agir par exemple, d’un conjoint maladroit qui s’est trompé de numéro et a envoyé un sms compromettant dans le téléphone de sa conjointe. Mais au stade actuel, le simple sms ne suffit pas comme preuve, encore faudrait-il faire recours à une expertise informatique pour authentifier le message. Même si l’authenticité du sms venait à être établie, il y a lieu de répondre si oui ou non, c’est la personne elle-même qui a rédigé le message en question. C’est donc dire que la preuve est difficile à établir.

Sur le plan juridique, c’est complexe puisque le divorce est un acte juridique. Mais dans la pratique,, il y a hélas beaucoup de cas passés ou des couples se sont séparés ou des conjointes répudiées.

Es ce que le ou la conjoint(e) a le droit de demander le divorce ?

Oui, chacun d’eux peut demander le divorce mais à la condition que les éléments de preuves n’aient pas été frauduleusement acquises. Ce qui est difficile à apporter généralement, c’est que le divorce est prononcé sur la base de preuves admises en justice.

 

Que dit la loi dans ce sens ?

La législation burkinabè est un peu obsolète par rapport à certains comportements dans le monde numérique. Elle n’encadre pas spécifiquement l’usage du téléphone portable dans les couples. Néanmoins, le principe de base étant d’avoir le consentement de la personne pour accéder à ses données, on peut trouver quelques dispositions contraignantes.

Comme je viens de le relevé plus haut la loi portant protection des données personnelles est claire dans sa disposition de l’article 48 qui stipule que le fait de communiquer à des tiers non autorisé ou d’accéder sans autorisation ou de la façon illicite aux données à caractère personnel est puni d’une peine d’emprisonnement de trois (03) mois à cinq (05) ans et de un million (1 000 000) à trois millions (3 000 000) de francs CFA d’amende.

La loi n’indexe pas forcément la vie des couples mais elle met en garde toute personne ou tout organisme public ou privée qui viendrait à enfreindre cette disposition.

Pour terminer, la question de couple est très sensible et je ne trouve pas cette sanction très adaptée parce que si on en arrive-là, le couple va à coup sûr voler en éclat.

Avez-vous traité des dossiers ou des cas de ce genre ? Si oui pourrait-on en savoir plus ?

Oui quelques deux cas courant l’année 2016, où séparément deux dames se sont présentées dans nos locaux avec comme motifs que leurs maris les espionnaient téléphoniquement. Pour les deux cas, il s’agissait de mouchards ou logiciels espions installés sur des téléphones nouvellement payés et offerts aux dames. Ce qui fait que toute activité des téléphones est transférée sur les téléphones des maris qui en prennent connaissance. Elles ont toute porté plainte à la CIL et à la Police.

Quels conseils avez-vous à donner sur l’utilisation rationnelle des téléphones portables dans les familles ?

C’est tout simplement inviter les familles à intégrer la présence du téléphone en leur sein. D’échanger ouvertement sur l’usage de cette technologie en vue de lever toute équivoque qui viendrait envenimer la quiétude du couple. Avoir une bonne attitude lorsqu’on l’utilise à la maison pour éviter d’éveiller tout soupçons, au besoin, arrêter la règle d’or qui veuille que le téléphone soit un « bien personnel » et que tout ce qui s’y trouve est du ressort des données personnelles. Et donc, qui s’y frotte, s’y pique. 

Votre dernier mot ?

Le numérique est venu pour faciliter nos vies et non les rendre caduques. A nous de les utiliser avec raisons gardées. En couple le téléphone doit être perçu comme un outil de communication et non comme un outil de combine.

 

Merci bien

Kevin Sawadogo

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