CYBER CRIMINALITE : PROTECTION DE L’ENFANCE EN LIGNE CONTRE LE SEXTING OU L’ARNAQUE A LA CAM COQUINE, LE CYBER HARCELEMENT, LE CYBER TERRORISME, ETC.

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La question de la protection des enfants en ligne demeure de nos jours pour la famille, la société, l’Etat une inquiétude, et une préoccupation. De plus en plus on constate que presque beaucoup d’enfants possèdent des téléphones portables, est- ce que cela s’avère-il normal ? Pour attirer l’attention des parents sur les risques et dangers liés à l’utilisation des téléphones portables par les enfants, tels que le sexting, ou l’arnaque à la cam coquine, le cyber harcèlement, le cyber terrorisme, etc, M. Sié Maxime Da ingénieur informaticien en cyber-sécurité, nous éclaire sur la question ce jour 25 Juin 2017.  

Bonjour à vous et aux chers lecteurs(ices) de Faso amazone. C’est une aubaine que vous m’offrez à nouveau d’aborder un thème qui en plus d’être une actualité préoccupante reste un enjeu capital du système éducatif mondial, national, sociétal et surtout familial, existant et qui à mon sens, doit être repenser et adapter face aux défis réels que nous pose la problématique de la cybercriminalité.

Aussi, la question de la protection de l’enfant est et demeure pour toute famille, société et Etat un principe fondamental.

Nous savons tous qu’à l’ère du tout numérique, Internet fait désormais partie de nos vies de tous les jours au regard de tous les avantages et des multiples services qu’il nous offre. Si pour certains de nos parents qui n’ont pas eu une culture du numérique d’avant les années 90 et qu’on qualifie souvent dans un autre jargon « d’analphabète du net » nous (dans une certaine mesure), il a été donné d’abord d’apprendre à manipuler l’ordinateur avant de savoir surfer, pour la jeune génération, celle que nous aimons à qualifier de « génération du numérique », elle par contre, apprend d’abord à cliquer sur l’ordinateur en surfant puis plus tard apprendra à lire et écrire en somme à être scolariser.

Nous pouvons noter qu’au fil du temps et de l’évolution technologique : de l’ère de l’analogie (télégramme, téléphone, radio-télé diffusion, satellites de communication géostationnaires…) à celle du numérique (ordinateurs connectés, internet, services en ligne…) et aujourd’hui de la transformation numérique (Cloud, Big data, objets connectés, robolution, réalité augmentée, etc…), les Tics à la faveur de la miniaturisation, se sont imposés dans nos familles pour des raisons que nous connaissons bien tous.

Cependant, chez les adultes tout comme chez les plus jeunes, on constate que dans l’utilisation de ces outils, il y a beaucoup de dérives.

Mais avant que nous abordons la question de la protection ou de la sécurisation de l’enfance en ligne, il me semble opportun que nous nous attardons sur la problématique de « l’éducation ».

Dans « un long chemin vers la liberté » l’éducation, disait Nelson Mandela, : « est l’arme la plus puissante qui puisse changer le monde ».

Du latin ex-ducere, éducation tire son étymologie de l’action de « guider hors de », c’est-à-dire développer un ensemble de connaissances et de valeurs morales, physiques, intellectuelles, scientifiques…

Aussi, dans le contexte du numérique, protéger un enfant reste à notre sens, indéniablement lié à son éducation.

Avec les Tics il y a beaucoup de revers et éduquer les enfants et les adolescents sur ces nombreux méfaits serait de les guider hors des dangers qui les guettent sur la toile et de les inviter à adopter de bonnes habitudes qui définiront sans nul doute leurs bonnes attitudes.

181163949_1_0Est-il normal de nos jours que des enfants possèdent des téléphones portables ?

Oui, il peut être normal que des enfants possèdent des téléphones si et seulement si les besoins pour lesquels ils le possèdent sont déterminés et légitimes. Le fait que des parents donnent des téléphones portables à leurs enfants s’appuient souvent sur l’angoisse qu’ils ont peur de les laisser seuls. Bien entendu, un enfant ne doit posséder de téléphone portable qu’avec le consentement de ses parents.

Cependant, la réponse peut être négative quand on tient compte de l’usage que les jeunes en font. Avec les téléphones dernières générations dits « téléphones intelligents » au vu des fonctionnalités qu’ils offrent, de surfer et tchatcher sur les messageries instantanées, certains adolescents en abusent. Au lieu d’exploiter les ressources du téléphone pour faire des recherches scolaires, ces derniers s’exposent plus sur la toile par des publications d’images sans retenues. Le téléphone est finalement détourné de son usage premier pour devenir dans certains cas un outil de perversion.

Certains jeunes adolescents et le genre fille en particulier, utilisent ces outils pour des rendez-vous et rencontres diverses, qui hélas vous le savez dans certains cas finissent, par des cas de grossesse en milieu scolaire.

Pour d’autres, il n’est plus besoin d’apprendre par cœur les leçons car à partir d’une simple recherche sur un moteur on a la réponse aux questions posées et bonjour « la triche modernisée » dans les classes et les échecs en cascades lors des examens de fins de cycles.

C’est pourquoi au regard de certains risques auxquels les enfants sont exposés, leurs parents ont un droit et un devoir de regard sur le contenu des téléphones.

A quel âge un enfant doit-il posséder un téléphone portable ?

 

Un enfant peut avoir un téléphone portable, mais évidemment, tout dépend de son âge. Avant le collège, ce n’est pas du tout conseillé, en tout cas, ça peut être tout à fait inutile. Même s’il est vrai que dès quatre (04) ou cinq (05) ans ils savent s’en servir.

Néanmoins, il sied de se poser un certain nombre de questions auparavant :

  • Est-c’est à cause du désir de l’enfant de posséder un téléphone qu’il convient de le lui donner ?
  • A quel besoin réel cela répondra ? 
  • Cela peut-il vraiment avoir un désir de pouvoir le joindre à tout moment et à tout lieu ?
  • Ou veut-on le lui offrir pour mieux le surveiller ?

Quoi qu’il en soit, ce nouveau « cordon ombilical virtuel » peut présenter l’air de rien, un risque de surveillance et de contrôle de l’enfant qui peut avoir la sensation d’être toujours relié à ses parents.

Le bon âge : il faut au minimum douze (12) ou treize (13) ans. Cela correspond ici dans notre pays à l’entrée de l’enfant au collège. Avant cet âge-là, ça ne présente pas d’intérêt puisque l’enfant n’est pas autonome, on ne le laisse pas aller où il veut et quand il le veut. A partir de douze (12) ou treize (13) ans, il commence à avoir une bande d’amis avec qui il veut une relation plus sérieuse, plus active. C’est l’âge où la bande d’amis, de copains compte plus que tout, car on veut tout se raconter.

Si l’on opte de donner un téléphone à son enfant, il faut impérativement l’accompagner à « réglementer son usage », par exemple ne pas être sans cesse dessus, ne pas l’utiliser pendant les cours en classe, ne pas se coucher avec…

Enfin, refuser un téléphone à son enfant n’est pas forcément une erreur, ça peut être un choix éducatif, mais ça impose d’aider son enfant à comprendre ce choix.

Les parents ont du plaisir à doter leur progéniture de téléphone portable, est ce que cela n’ait – il sans conséquences ?

Bien sûr, il y a des conséquences à cela et sur plusieurs plans. Du fait des téléphones portables connectés certains enfants se refusent de lire ou d’apprendre les leçons préférant se connecter, tchatcher ou se partager des vidéos. Il y a eu des cas malheureux où certains élèves ont été pris à filmer avec leurs téléphones des moments de leur intimité. Certains ont eu la malchance de perdre leurs téléphones avec ces images et vidéos compromettantes, d’autres ont payé de leur innocence parce que leurs amis ont eu accès à ces téléphones à leur insu, ont partagé ces vidéos via Bluetooth puis sur les réseaux sociaux, internet et voilà les drames.  L’eau versée ne se ramasse pas dit-on.

Est-ce que ces derniers savent à quoi s’attendre (parents comme enfants) ?

Tout n’est pas bon à mettre sur son téléphone tout comme sur son ordinateur ou sur Internet. Les parents devraient comprendre que l’éducation d’un enfant se poursuit même après l’adolescence et tant que ces derniers sont sous leurs responsabilités, leurs autorités parentales doivent s’’exercer sur tous les plans de la vie de l’adolescent. C’est vrai qu’il ne faut pas trop fouiller dans la vie intime de ces derniers mais il faut mettre en place des règles de bonnes conduites à suivre, sinon, les laisser à eux-mêmes, c’est tout simplement les livrer en pâture aux dangers de la vie ainsi qu’à ceux de l’Internet. Aucun parent ne devra prétexter de son « analphabétisme numérique » pour ne pas poursuivre l’éducation de son enfant sur la toile.

S’agissant des enfants, ils ont besoin de conseils de personnes avisées. Ces vrais que trop souvent, ces derniers connaissent des choses sur la toile à vous émerveiller, mais attention à ne pas se dire qu’ils sont des professionnels et les laisser tout faire. Le revers pourrait être bien amer.

Donner des conséquences qui peuvent découler de cet état de fait?

Il y a une multitude de dangers auxquels les jeunes peuvent être exposés :

Il y a l’exposition des enfants à des images violentes, la divulgation d’informations personnelles de l’enfant, de sa famille, l’usurpation d’identité, le vol d’identité et le piratage de comptes, le cyber-harcèlement, le cyber-terrorisme.

Entre autres conséquences que l’on peut aussi relever est le « sexting » communément appelé « l’arnaque à la Cam coquine » qui aboutit très souvent au cyber-harcèlement et au pire des cas au suicide de celui dont les données ont été récupéré. Il arrive que certaines personnes en quêtes de relations amoureuses, s’aventurent sur la toile pour faire des rencontres. Très souvent, ils se trouvent exposer à des cyber-délinquants qui leurs font croire qu’ils sont soit des filles ou des hommes, de faux profils généralement qu’ils affichent. Après des échanges de messages puis de photos, ils en viennent à convaincre leurs contacts de se filmer et certains se font piégés dénuder devant la caméra de leur téléphone. Les cyber-délinquants en possession de ces images et vidéos procèdent par la suite à des chantages et menaces en vue d’obtenir des sommes d’argents qu’ils ne cesseront de réclamer quand ils finiront de dépenser ce qui leur a été envoyé.

Une deuxième conséquence qui me vient en tête est la cyberdépendance. Beaucoup de jeunes et d’adolescents souffrent d’une certaine accoutumance à l’Internet que l’on appellera la maladie de la dépendance à l’Internet. Combien sont-ils qui n’arrivent à rien faire tant qu’ils ne sont pas connectés ?

Une autre utilisation que les jeunes font des téléphones portables avec les services de messageries instantanées est la création de groupes d’échanges en vue d’organiser des sorties érotiques, des parties de partouses en fonction du nombre de personnes disponibles. Ces rencontres se font très souvent sans qu’ils ne connaissent auparavant leurs partenaires et les rendez-vous se fixent sur les mêmes plates formes d’échanges. Tout récemment, dans une presse nationale, des parents ont témoigné la contamination sérologique de leur enfant du fait de ces rencontres de partouzes entre jeunes.

Nous sommes aussi dans un contexte international et national miné par le problème du terrorisme. Un peu partout dans chaque pays, des forces de sécurité sont mobilisées pour réduire, minimiser voire anéantir son impact destructeur. Les fanatiques d’un tel ordre ont plus en plus du mal à mouvoir ainsi qu’à recruter leurs cibles et le paradoxe est que Internet s’offre à eux comme un cadeau bénit. Combien de fois est-il arrivé que des jeunes qui ne manquaient de rien sur le plan affectif et familial s’aventurent au-delà des frontières de leurs pays pour des guerres religieuses meurtrières qui ne sont toujours pas et forcément les leurs. Il est aujourd’hui un constat que plein de ces jeunes se sont font recrutés sur Internet.

Sans être exhaustif, je citerai que ces cas.

Nous voyons que ces enfants sont exposés aux dangers des TICs, que faut -il faire? Donner en des conseils pratiques?

Ma réponse peut s’articuler sur les points suivants :

  • Au niveau de l’Etat : mettre en place des structures et associations à même d’avoir des missions de sensibilisation et de protection de l’enfance en ligne ;
  • Au niveau du Ministère de l’éducation nationale : actualiser les manuels d’enseignements scolaires et y intégrer des modules sur l’éducation des plus jeunes au numérique ;
  • Au niveau des parents : être au regard de leurs enfants, configurer les équipements en y installant des outils de contrôles parentaux avant de laisser les enfants se connecter ;
  • Au niveau des enfants et élèves : apprendre les règles de cyber-prudence en vue de ne pas se laisser piéger sur la toile. Observer rigoureusement les consignes données par les éducateurs et parents.

En cas de violation ou d’infraction que faut -il faire?

Au Burkina Faso, il y a des structures habilitées à résoudre des cas liés à la cybercriminalité mais il n’y a pas à l’heure, une structure type avec comme leitmotive de protéger l’enfance en ligne.

Quoique les structures existantes ont pour mission d’assurer la protection des données des citoyens ainsi que la lutte contre la cybercriminalité.

Il s’agit de la Commission de l’Informatique et des Libertés (CIL), de la Direction Technique de lutte Anti-Cybercriminalité (DTAC) du Ministère de la sécurité, de l’Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Informations(ANSSI) et enfin il y a l’Agence Nationale de la Promotion des Tics(ANPTIC) qui prête main forte dans cette bataille.

Que fait l’Etat pour sécuriser ses enfants(innocents)?

A mon avis le rôle de l’Etat serait favoriser et renforcer l’adoption d’instruments juridiques de lutte contre la cybercriminalité d’une manière générale et d’outiller et renforcer en termes de capacités opérationnelles les structures qui ont ce crédo d’être.

Bien entendu, il faudra mettre un accent sur la question de la protection de l’enfance en ligne et pourquoi pas, mettre en place des structures ou personnes physiques (psychologues) qui pourront accompagner les enfants et personnes victimes de la cybercriminalité.

Quel est votre dernier mot?

Les groupes de discussion ou chats, les réseaux sociaux, l’utilisation de la téléphonie mobile, etc., sont des outils et technologies désormais très répandus mais encore peu étudiés et dont la majorité des dialogues n’est pas modérée. Cela pose un problème de souveraineté des données car beaucoup de ces programmes ne sont pas hébergés dans notre pays. Ce faisant, en cas de délit, il reste souvent difficile de supprimer toutes les informations publier. J’inviterai donc les plus jeunes ainsi que les adultes à savoir raison garder en ne publiant tout sur soi ni sur son entourage.

Enfin à l’endroit des parents qui tiennent à offrir à tout prix des téléphones à leurs enfants, il faut tenir compte de leurs âges et de besoin, offrez leurs de téléphones éducatifs qui ont la particularité d’être au préalable bien paramétrés avec le moins de risques qui les exposent ?

Merci bien

Interview réalisé par Kévin Sawadogo

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