Sophie Pétronin: «J’étais dans l’acceptation de ce qui m’arrivait»

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9 octobre 2020

Ces libérations étaient attendues depuis six mois pour Soumaïla Cissé, depuis quatre années pour Sophie Pétronin. Mais avec encore plus de force et d’espoir depuis le week-end dernier. Annoncées à plusieurs reprises, ces libérations ont finalement abouti jeudi soir. Mais ce temps d’attente suscite des interrogations.

ENTRETIEN
L'ex-otage française Sophie Pétronin au palais présidentiel de Bamako après sa libération le 8 octobre 2020.
L’ex-otage française Sophie Pétronin au Palais présidentiel de Bamako après sa libération le 8 octobre 2020. Présidence malienne 

La Française Sophie Pétronin a été libérée jeudi 8 octobre après quatre ans aux mains des jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), dans le nord du Mali. L’humanitaire de 75 ans, qui est apparue fatiguée à son arrivée à l’aéroport de Bamako, a accordé un entretien à RFI.

Comment va votre santé ?
Sophie Pétronin : Ma santé va très bien. Je suis en pleine forme. No problem… Nous venons de faire un check-up rapide avec le médecin qui m’accompagnait et tout va bien, tout est en ordre. Pas de problèmes.

Quatre ans, c’était long ?
Un peu, mais j’ai transformé la détention, si on peut dire, en retraite spirituelle. Comme ça, ça se passe mieux, j’étais dans l’acceptation de ce qui m’arrivait, je n’ai pas résisté. Et puis voilà, je m’en suis sortie.

Vous étiez dans une prison à ciel ouvert. Comment se passait une journée pour vous ?
Avec le lever du soleil à l’Est, le coucher à l’Ouest et perpendiculaire à midi, ça se passait bien. L’air était sain, bon. La prison n’était pas… Je dirais que c’était… Comment peut-on dire ça ? On peut dire, non ça se passait bien. Ça allait. A ciel ouvert, pourquoi à ciel ouvert ?

Parce que c’est vaste… RFI diffusait des messages. Est-ce que vous les entendiez, les messages des vendredis ?
Oui. Bien sûr. Tous les vendredis, j’ai eu les messages. Une de vos collaboratrices a dit : « Si elle entend ce message, j’espère qu’il la réconfortera ». Alors dites-lui que oui, il m’a réconfortée. RFI, j’écoutais RFI… Serge Daniel, j’en ai entendu parler énormément (rires).

Votre fils s’est battu pour vous…
Mon fils est un battant. Mais dans la famille, nous sommes tous des battants. Et c’est peut-être ce qui était le plus difficile à gérer pour moi, c’est de savoir que je l’avais mis dans un problème qui allait sacrément le secouer et lui demander de surmultiplier son énergie.

Mais j’étais sûre et certaine au fond de moi qu’il réussirait. Il m’a dit dans une vidéo qui m’a été transmise : « Tiens bon. Accroche-toi ». Je ne suis dit, s’il me le dit comme ça, je dois le faire. Je me suis accrochée, j’ai tenu bon. Et moi, j’ai beaucoup prié parce que j’avais beaucoup de temps. Voilà. Autrement, je me suis promenée, j’ai bien mangé, j’ai bien bu. De l’eau fraîche, je n’ai pas bu autre chose. Et puis, voilà.

Un mot sur vos geôliers…
Sur mes geôliers ?

Oui, sur vos ravisseurs…
Appelez-les comme vous voulez. Moi, je dirais que ce sont des groupes d’opposition armée au régime. Il y a eu celle de 1990. En 1996, ils ont signé des accords de paix. Si nous voulons la paix réellement au Mali, il faut que chacun respecte son engagement.

Ce ne sont pas des jihadistes, vos ravisseurs ?
Pourquoi vous les appelez jihadistes, parce qu’ils font le jihad ? Vous savez ce que ça veut dire en français : « jihad », c’est « guerre ».

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Ils ont revendiqué, ils ont demandé la libération de jihadistes dans des prisonniers avant de vous libérer…
De leurs militaires ?

Oui.
Mais, qu’a fait le gouvernement de transition ? Il a demandé la libération de leurs militaires. Certains ont été libérés, je ne pourrais pas dire combien. Mais dans l’immédiat, ils ont été libérés. Donc, si vous avez un groupe de militaires, et que certains se font prendre, vous allez tout faire pour les faire libérer que vous soyez l’armée française, l’armée congolaise ou l’armée malienne ou l’armée américaine, vous allez tout faire pour les faire libérer. Ce qui est logique. « Jihad », c’est « guerre » en français et c’est une guerre entre des groupes d’opposition armée au régime, ils trouveront le chemin pour la paix. Je leur souhaite en tout cas vivement.

A Gao, vous êtes très connue. A l’époque, je vous avais rencontrée là-bas déjà il y a une dizaine d’années. Quand vous bougiez, c’était « Tanti, tanti », « Maman, Maman »… Vous avez un mot pour les gens de Gao aujourd’hui ?
Les gens de Gao, je les aime et ils m’aiment. Nous partageons ensemble le quotidien. Pourquoi les gens de Gao sont très attachés à moi ?

C’est peut-être parce que je me suis adaptée à eux, mangé comme eux, vécu comme eux. Ils m’ont acceptée et je fais partie de la famille gaoise, parce qu’on dit les Gaois, les Gaoises.

Je fais partie d’eux. Je suis heureuse que mon fils ait pu me confirmer que mes programmes de lutte contre la malnutrition continuent parce que mon assistant a pu prendre la relève.

Ça, c’est ce qui me rassure, que le centre d’accueil pour les enfants qui ne peuvent pas rester dans le tissu familial va bien, ça a été vérifié.

Et si mon assistant continue, cela veut dire qu’Echo [l’operation d’aide humanitaire européenne, NDLR] a versé l’argent et qu’il y a environ 26 000 enfants qui ont été pris en charge pour 2017.

Vous avez envie de retourner là-bas ?
Bien sûr que je vais retourner là-bas. Merci à RFI pour l’accompagnement, merci infiniment.

Sophie Pétronin née à Bordeaux le 7 juillet 1945, est une travailleuse humanitaire de nationalités française et suisse. Elle est la fondatrice de l’ONG « Association d’Aide à Gao », qui œuvre dans le domaine de l’aide à l’enfance dans le nord du Mali.

Serge Daniel correspond de RFI à Bamako (Mali)

 

 

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