Tontine d’argent: Un phénomène qui prend de l’ampleur dans la ville de Sya

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25 janvier 2021

S’il y a un phénomène qui est développé à Bobo-Dioulasso, c’est bien les tontines des femmes. En effet, cela fait belle lurette que les tontines existent surtout en Afrique où elles sont largement reconnues comme « la banque des femmes ». Répandues aussi bien dans les zones urbaines que rurales du Burkina Faso, on assiste désormais à une explosion de cette pratique à Bobo-Dioulasso.

Dame Sanou/Kansolé Martine, présidente association de femmes

Bien plus qu’un regroupement de femmes, les tontines se substituent intégralement à l’épargne bancaire. Une sorte de solidarité féminine, d’entraide basée sur la confiance mutuelle.

A Bobo-Dioulasso, ce phénomène y est bien répandu. Selon certaines femmes rencontrées dans la ville, c’est face à la pauvreté et surtout aux difficultés des femmes à avoir des crédits auprès des banques, que l’idée est venue à ces dernières de se constituer en association rotative d’épargne.

Ce qui fait de la tontine une association d’individus unis en fonction de leurs liens amicaux, familiaux,  de leur appartenance à une même profession, un même quartier et qui se regroupent mensuellement par exemple afin de mettre en commun leur épargne pour résoudre des problèmes personnels ou collectifs.

Madame Sanou/Kansolé Martine, présidente d’une association de femmes fait partie de celles qui font la collecte. Elle nous donne les différentes sortes de tontines. « Il y a des femmes qui se promènent chaque soir dans les lieux de commerce ou dans certains services récolter une certaine somme d’argent.

D’autres par contre, au départ, décident ensemble d’un commun accord du montant fixe à verser pour une cotisation mensuelle. Et sous forme de tirage au sort mensuel, le bénéficiaire de la somme totale est connu », a-t-elle expliqué.

Il s’en suit donc un système rotatif jusqu’à ce que le dernier membre reçoive cette même somme. Une fois que toutes les participantes ont reçu leur part, le cycle recommence par un autre tirage au sort.

A en croire cette dernière, cette pratique (la tontine) est régie par des règles propres et strictes, applicables aux membres afin de garantir le respect des versements dans les délais précis.

Cependant, les difficultés ne manquent pas dans ces cas de figures. « Je suis présidente d’une tontine dans mon quartier composée de 20 personnes. Chacune d’entre nous cotise 10 000FCFA/mois pour un total de 200 000FCFA. En tant que présidente de la tontine, j’ai le devoir de regrouper toutes les cotisations à temps. Une fois que certaines encaissent l’argent de la tontine, à leur tour, elles refusent d’honorer leur engagement ou bien elles accusent un retard dans le paiement. C’est la difficulté majeure que nous rencontrons très souvent », a déploré madame Ouédraogo Safi d’un air sérieux.

Ces femmes sont unies entre elles selon le principe de confiance. Si jamais une de ces femmes et sa famille faisaient face à quelques imprévus financiers, les membres de la tontine avanceraient son tour pour qu’elle puisse bénéficier de la somme due ou allaient jusqu’à cotiser pour l’aider. Comme laisse entendre madame Sanou Martine, « Lors des cérémonies de baptême, de mariage, de funérailles, les membres cotisent pour venir en aide financièrement ou matériellement à l’intéressée ». Avant d’ajouter :« Nous sommes déjà plus d’une vingtaine de personnes ; nous cotisons chacune 2000FCFA pour l’intéressée. Et si elle souhaite également avoir sa part de tontine on lui remet cela aussi. En plus de l’argent, le social prime dans notre tontine. Tous les membres se rendent si possible à la cérémonie ».

Et comme avantage, ces épargnes ont permis aux femmes de subvenir aux besoins de leurs foyers, de financer les études de leurs progénitures et même d’organiser leur mariage, soutiennent certaines femmes de la ville.

Parmi elles, Salimata Ouattara, commerçante au secteur 16 de Bobo-Dioulasso, confie avoir pu ouvrir son petit commerce de vente de fournitures scolaires et bureautiques grâce à la tontine. Ce qui l’aide à contribuer aux dépenses de son foyer. « C’est grâce à l’argent que j’épargne tous les jours après mon commerce que je m’en sors quotidiennement. Vraiment, la tontine c’est une très belle chose. C’est avec l’argent de mes tontines que chaque année, j’aide mon mari à inscrire nos enfants à l’école. Et souvent je fais plus que ça même », nous a confié cette dernière avec fierté. A l’en croire, sans la tontine, rares sont les femmes, généralement les mères de famille, qui peuvent réaliser beaucoup de choses aujourd’hui.

Aujourd’hui, même les hommes savent la portée sociale de la tontine. « Les hommes l’ont bien compris et c’est eux-mêmes qui sont au devant des choses », a-t-elle martelé.
R.D

Faso amazone.net