Emploi des femmes : Entre progrès et défis

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Une marocaine pompiste

Au Maroc, les femmes jouissent de plus en plus d’une autonomie économique. Toutefois, le chemin reste toujours long et semé d’embûches pour la gent féminine, notamment en raison de blocages dits socioculturels.

Selon une récente note sur les caractéristiques et les principales tendances de la population active et ses composantes en 2023, publiée par le Haut Commissariat au Plan (HCP), le taux d’activité des femmes au Royaume demeure très timide.

Après avoir enregistré une baisse de 0,8% point en 2023, il s’est établi à 19% contre 69% pour les hommes. De surcroît, sur les 10.591.000 actifs occupés lors de cette même année, 39,3% sont issus du milieu rural et 20,7% sont de sexe féminin. Si le taux d’activité des femmes se situe encore à des niveaux très bas par rapport à la gent masculine, c’est principalement en raison de plusieurs facteurs socioculturels.

«Malheureusement, dans certaines familles, l’homme est toujours privilégié et il a plus de droit que la femme, et ce que ce soit dans le milieu urbain ou rural. Malgré l’avancement technologique et le développement économique et social, certaines idées persistent toujours et contraignent l’éducation et le travail des femmes», regrette Dr. Lamia Larioui, enseignante-chercheure à la Faculté d’économie et de gestion, Université Sultan Moulay Slimane Béni Mellal, membre du STEP Project.

Dans le même sens, le HCP a indiqué dans une étude intersectionnelle sur la participation des femmes au marché de travail marocain que leur inactivité reste fortement influencée par le poids de la famille et des considérations culturelles et sociales traditionnelles. En outre, cette même étude, qui établit une comparaison entre les régions de Casablanca-Settat et de l’Oriental, précise que l’inactivité chez les femmes mariées diplômées, bien qu’élevée, reste inférieure à celle des autres profils de femmes mariées n’ayant pas de diplôme ou ayant un diplôme de niveau moyen. Ainsi, les femmes mariées, âgées de 25 à 34 ans, et qui ont un diplôme moyen ou aucun diplôme ont les probabilités d’inactivité les plus élevées, souligne le HCP, notant que la probabilité d’inactivité pour ces femmes varie de 87,7% à 90,9%.

Au four et au moulin

Souvent, les femmes sont amenées à concilier plusieurs responsabilités à la fois, ce qui en soi constitue un fardeau lourd à porter et inhibe leurs efforts pour trouver un emploi ou mener une carrière professionnelle. D’après le HCP, l’effet cumulatif du mariage, de l’âge et du diplôme détermine en grande partie le degré restreint d’accessibilité de ces femmes au marché du travail.

«La femme a toujours d’autres responsabilités familiales et un rôle central à jouer dans l’éducation de ses enfants. Cette responsabilité et ce sacré rôle joué par la femme risquent parfois de la pousser à sacrifier sa carrière professionnelle ou encore à stagner.

Evidemment, on ne peut pas généraliser. Il y a des femmes qui arrivent à avoir un équilibre travail-famille et réussir à la fois dans son foyer et sa carrière professionnelle.

A mon avis, la femme dispose naturellement de plusieurs qualités qui lui permettent de faire plusieurs choses à la fois et briller dans tous les domaines sans que cela soit au détriment de sa famille et du bien-être de ses enfants», révèle Dr. Lamia Larioui.

Malheureusement, plusieurs femmes se voient privées du droit de prendre des décisions qui vont déterminer le cours de leur propre vie. Par exemple, l’opposition familiale est susceptible de contraindre certaines d’entre elles à se cantonner au statut de mère au foyer contre leur gré. En revanche, les contraintes économiques peuvent détourner et transgresser même momentanément les normes sociales traditionnelles, relève l’étude du HCP. Et de noter que, spécifiquement dans la région de Casablanca-Settat, les participantes à l’étude ont souligné qu’une difficulté financière du foyer peut amener à une réévaluation des attitudes vis-à-vis de leur travail. Dans de telles circonstances, le travail des femmes est souvent plus accepté car il devient un recours à une situation particulière.

Qui plus est, les participantes ont indiqué que des conditions de travail inégales constituaient une contrainte à leur participation. Une grande partie des femmes interrogées a signalé qu’elles étaient confrontées à diverses formes de harcèlement, d’abus et de discrimination sur le lieu de travail, ainsi que l’absence de régularisation de leur situation professionnelle.

Des politiques publiques adaptées

En vue de permettre aux femmes de se libérer des différentes chaînes les empêchant de profiter pleinement des opportunités d’emploi qu’offre le marché de travail marocain, il est primordial que le gouvernement mette en place des politiques publiques prenant en compte divers paramètres cruciaux. L’étude suggère ainsi d’engager des mesures telles que l’investissement dans les services permettant la tertiarisation des tâches domestiques et le développement des services de garde d’enfants accessibles, afin de réduire la charge mentale dont sont victimes beaucoup de femmes. De ce fait, celles-ci pourraient parvenir à trouver un juste équilibre entre vie familiale et responsabilités professionnelles.

Le HCP révèle également que les implications en termes de politiques publiques soulignent la nécessité de s’attaquer aux causes profondes, socioculturelles, de la disparité sur le marché du travail entre les hommes et les femmes et entre les régions. Il est question de promouvoir une culture de l’égalité, notamment en termes d’accès à l’éducation pour les filles et d’encouragement à la scolarisation et à la formation continue des femmes.

In fine, pour Lamia Larioui, «il ne faut pas nier toutes les initiatives mises en œuvre par l’Etat, le gouvernement, les ONG et les associations pour aider à faciliter l’insertion des femmes dans le marché de l’emploi, que ce soit à travers les programmes de formation, ou encore les programmes d’appui à l’entrepreneuriat. Et justement, je pense qu’on devrait plus se focaliser sur l’entrepreneuriat. C’est la clé pour baisser le taux de chômage et augmenter le pourcentage de la population active; et puis ça permet aussi de créer de nouveaux emplois. Avoir des femmes entrepreneures contribuera favorablement dans le développement de notre pays».

M. Boukhari

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