
Une bataille historique pour diriger les Nations Unies à partir de 2027
NEW YORK — Qui succédera à António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations Unies ? À quelques mois du départ du Secrétaire général portugais, la course s’intensifie et prend une dimension historique. Pour la première fois depuis la création de l’ONU en 1945, une femme pourrait accéder au sommet de l’organisation mondiale.
La compétition compte désormais huit candidats : cinq femmes et trois hommes. Parmi eux, plusieurs personnalités disposent d’une solide expérience politique, diplomatique et multilatérale.
Le prochain Secrétaire général ou la prochaine Secrétaire générale devra prendre les rênes d’une ONU confrontée à des guerres, des crises humanitaires, des tensions géopolitiques, des défis climatiques, des fractures économiques et une profonde interrogation sur l’avenir du multilatéralisme.
António Guterres doit quitter ses fonctions à la fin de son second mandat, le 31 décembre 2026. Son successeur devrait entrer en fonction le 1er janvier 2027.
CINQ FEMMES POUR UN TOURNANT HISTORIQUE
1. Carolyn Rodrigues-Birkett — Guyana
Ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana et diplomate chevronnée, Carolyn Rodrigues-Birkett s’impose actuellement comme l’une des candidates les plus sérieuses.
Lors du deuxième vote informel du Conseil de sécurité, elle a pris la première place avec 8 voix favorables, devant Rebeca Grynspan.
Son profil associe expérience gouvernementale, diplomatie et connaissance approfondie du système multilatéral.
Sa candidature porte également un symbole fort : celui d’une femme issue d’un petit État d’Amérique du Sud pouvant accéder à la fonction diplomatique la plus prestigieuse du monde.
2. Rebeca Grynspan — Costa Rica
Ancienne vice-présidente du Costa Rica et actuelle Secrétaire générale de la CNUCED, Rebeca Grynspan est l’un des profils les plus expérimentés de cette compétition.
Elle avait terminé en tête du premier vote informel du Conseil de sécurité avant d’être devancée par Rodrigues-Birkett lors du deuxième scrutin.
Son parcours est fortement marqué par les questions de développement, de coopération internationale, de réduction des inégalités et de gouvernance mondiale.
Son éventuelle élection ferait entrer une femme latino-américaine à la tête de l’ONU pour la première fois de son histoire.
3. Michelle Bachelet — Chili
Ancienne présidente du Chili et ancienne Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet dispose d’une expérience politique et internationale exceptionnelle.
Son parcours est associé aux droits humains, à la démocratie, à l’égalité et à la protection des populations.
Elle représente également une candidature à forte portée politique dans un monde où les droits humains et les libertés fondamentales sont régulièrement mis à l’épreuve.
4. María Fernanda Espinosa — Équateur
Diplomate et ancienne présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, María Fernanda Espinosa connaît de l’intérieur les mécanismes du système onusien.
Son expérience au sommet de l’Assemblée générale constitue l’un de ses principaux atouts.
Elle défend une vision du multilatéralisme fondée notamment sur la coopération internationale, le développement durable, l’égalité entre les sexes et la défense des populations vulnérables.
5. Ivonne A-Baki — Équateur
Dernière arrivée dans la compétition, Ivonne A-Baki a officiellement été nommée en août 2026.
Diplomate et ancienne ministre équatorienne, elle a notamment mis en avant la prévention des conflits et le renouvellement de l’ONU.
Lors de son dialogue avec les États membres, elle a insisté sur une diplomatie davantage présente sur le terrain, dans les zones de conflit et de tension.
Sa candidature ajoute une nouvelle dimension à la compétition, même si elle n’a pas obtenu de soutien lors du deuxième vote informel.
TROIS HOMMES DANS LA COURSE
Rafael Mariano Grossi — Argentine
Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi possède une longue expérience diplomatique et multilatérale.
Il figure actuellement parmi les candidats les mieux positionnés : il a terminé troisième lors des deux premiers votes informels.
Son expérience sur les questions nucléaires, de sécurité internationale et de prévention des crises constitue un argument majeur.
Macky Sall — Sénégal
Ancien président du Sénégal, Macky Sall apporte une importante expérience politique africaine et internationale.
Sa candidature donne également une visibilité particulière à l’Afrique dans une compétition où les équilibres géographiques et régionaux jouent traditionnellement un rôle important.
Olara Otunnu — Ouganda
Ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU et ancien représentant spécial pour les enfants et les conflits armés, Olara Otunnu possède une longue expérience au sein du système des Nations Unies.
À 75 ans, il est actuellement le plus âgé des candidats. Il défend notamment une réforme profonde de l’organisation et estime que le changement n’est plus une option mais une nécessité pour l’avenir de l’ONU.
UNE FEMME À LA TÊTE DE L’ONU : LE MOMENT HISTORIQUE ?
Depuis 1945, aucune femme n’a occupé le poste de Secrétaire générale des Nations Unies.
Cette succession pourrait donc constituer un tournant historique.
Mais derrière la question du genre se trouve une bataille géopolitique beaucoup plus complexe.
Le prochain dirigeant de l’ONU devra être capable de dialoguer avec les grandes puissances tout en conservant une crédibilité auprès des 193 États membres.
Il devra également répondre à une question fondamentale : comment restaurer l’efficacité, l’autorité et la crédibilité du multilatéralisme dans un monde de plus en plus fragmenté ?
UNE COURSE QUI SE JOUE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ
Le choix du prochain Secrétaire général ne dépend pas uniquement de l’Assemblée générale.
Le Conseil de sécurité joue le rôle déterminant dans le processus. Le candidat retenu doit obtenir au moins 9 voix sur 15 et ne pas être bloqué par un veto de l’un des cinq membres permanents : États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni.
Le candidat recommandé par le Conseil de sécurité est ensuite soumis à l’Assemblée générale pour nomination.
C’est donc une véritable partie d’échecs diplomatique qui se joue actuellement à New York.
Les votes informels donnent des indications, mais ils ne constituent pas encore le verdict final.
LA GRANDE QUESTION : QUI PORTERA LA VOIX DU MONDE ?
La prochaine Secrétaire générale ou le prochain Secrétaire général héritera d’une organisation confrontée à des défis considérables : guerres, crises humanitaires, changements climatiques, pauvreté, migrations, tensions entre grandes puissances et remise en question du système multilatéral.
La question dépasse donc largement la personnalité du futur dirigeant.
Quelle ONU voulons-nous pour les prochaines décennies ?
Une ONU plus efficace ?
Plus représentative ?
Plus proche des populations ?
Plus forte face aux conflits ?
Plus attentive aux femmes et aux jeunes ?
Ou une ONU profondément réformée pour répondre aux nouvelles réalités géopolitiques ?
C’est toute cette vision du monde qui se trouve désormais au cœur de la succession d’António Guterres.
UNE FEMME PEUT-ELLE ENFIN DIRIGER L’ONU ?
La réponse appartient désormais aux États membres.
Une chose est certaine : avec cinq femmes parmi les huit candidats actuels, la question du leadership féminin n’est plus périphérique.
Elle est devenue l’un des enjeux centraux de cette succession.
Pour la première fois depuis 1945, l’ONU pourrait écrire une nouvelle page de son histoire : placer une femme à sa tête.
La bataille ne fait que commencer.
FasoAmazone | L’information au service du genre
Quand les femmes écrivent l’histoire.













