L’Afrique ne manque ni de talents ni de passion pour le sport. Mais elle doit désormais franchir une nouvelle étape : transformer cette richesse humaine et sportive en une véritable industrie, capable de créer des emplois, de générer des revenus et de retenir davantage de valeur sur le continent. À Abidjan, Didier Drogba a livré une réflexion forte sur l’avenir du sport africain.
Le sport africain possède une matière première exceptionnelle : ses filles et ses fils, leurs talents, leur passion et leur capacité à faire vibrer des millions de personnes.
Mais pour Didier Drogba, le véritable défi est désormais ailleurs.
Il faut construire l’industrie autour du talent.
C’est l’un des enseignements majeurs de la présentation du Bloomfield Review N°3, consacrée à l’économie sportive en Afrique, organisée au Noom Hôtel Abidjan Plateau.

À cette occasion, Stanislas Zézé, PDG de Bloomfield Group, avait réuni plusieurs acteurs du sport, de la culture, des médias et du secteur privé autour de Didier Drogba.
Et l’ancien capitaine des Éléphants de Côte d’Ivoire n’a pas simplement dressé un état des lieux.
Il a posé les bases d’une réflexion plus large : comment l’Afrique peut-elle transformer son immense potentiel sportif en véritable économie ?

Le sport ne se limite pas aux joueurs
Pour Didier Drogba, parler d’industrie sportive signifie regarder beaucoup plus loin que les terrains et les indemnités de transfert.
Son exemple du jardinier de Chelsea est particulièrement parlant.
Lorsqu’on parle d’un club, on pense généralement aux joueurs, aux entraîneurs et aux dirigeants.
Pourtant, toute une multitude de métiers participe au fonctionnement quotidien d’une structure sportive.

Jardiniers, préparateurs physiques, nutritionnistes, médecins, kinésithérapeutes, arbitres, analystes, recruteurs, Médias, communicants, marketeurs, commerciaux, producteurs de contenus, spécialistes de la data, techniciens et personnels d’entretien : tous participent à l’industrie sportive.
Et la liste est loin d’être exhaustive.

Autour d’un stade et d’une compétition gravitent également la sécurité, le transport, la restauration, l’hôtellerie, la billetterie, le tourisme, l’événementiel, la technologie et de nombreux services.
Le sport peut donc devenir un immense bassin d’emplois pour la jeunesse africaine.

Transformer les talents en emplois et en entreprises
Le continent possède des millions de jeunes.
Il possède aussi une formidable énergie sportive.
L’enjeu consiste désormais à connecter cette jeunesse aux métiers de l’industrie sportive.
Il faut former.
Il faut professionnaliser.
Il faut créer des entreprises.
Il faut développer des académies, des centres de formation, des infrastructures et des services spécialisés.
Le futur champion africain doit pouvoir trouver autour de lui tout un écosystème capable de l’accompagner.
L’objectif ne doit donc plus être uniquement de produire des sportifs capables de partir à l’étranger.
Il faut aussi créer en Afrique les conditions permettant de produire, former, encadrer, médiatiser et valoriser les talents sur le continent.

Qui crée la richesse et qui la capte ?
C’est l’une des grandes questions posées par le développement du sport africain.
L’Afrique produit des talents de niveau mondial.
Mais une grande partie de la valeur économique générée autour de ces talents est encore captée ailleurs.
D’où la nécessité de renforcer les clubs, les académies, les fédérations et toutes les structures qui participent à la formation et à l’éclosion des champions.

La matière première est africaine. Une part beaucoup plus importante de l’industrie doit également pouvoir être construite en Afrique.
Marketing, data, merchandising et nouvelles technologies
Le sport moderne est devenu un secteur économique complexe.
Les performances sportives s’accompagnent désormais de données, d’analyses, de marketing, de communication digitale, de merchandising, de billetterie, de contenus audiovisuels et de stratégies commerciales.
Ces nouveaux métiers représentent autant d’opportunités pour les jeunes Africains.
L’Afrique ne doit pas seulement exporter ses joueurs. Elle doit aussi développer ses propres compétences dans l’ensemble de la chaîne de valeur sportive.

Les médias, indispensables à l’industrie sportive
Aucune industrie sportive forte ne peut se construire sans une médiatisation professionnelle.
Les journalistes sportifs, reporters, photographes, cameramen, commentateurs, producteurs audiovisuels et médias numériques jouent un rôle essentiel.
Ils donnent de la visibilité aux sportifs.
Ils racontent les compétitions.
Ils construisent les audiences.
Ils rapprochent les supporters des équipes.
Et surtout, ils contribuent à rendre le sport attractif pour les sponsors, les annonceurs et les investisseurs.
La presse sportive n’est donc pas extérieure à l’industrie sportive. Elle en est un maillon.
Le rayonnement du sport africain à l’échelle continentale et internationale passe également par des médias africains capables de raconter les performances africaines au monde.

Le sport féminin doit pleinement entrer dans cette industrie
Construire l’industrie sportive africaine signifie également donner toute sa place au sport féminin.
Football, basketball, athlétisme, handball, volleyball, judo, lutte, tennis et bien d’autres disciplines regorgent de talents féminins.
Ces sportives ont besoin de compétitions, d’infrastructures, de formation, de financement et surtout de visibilité.
Le football féminin africain possède notamment un potentiel considérable.
Il faut davantage de sponsors, de droits médiatiques, de couverture journalistique, de professionnalisation et d’investissements.
Les femmes ne doivent pas être seulement présentes sur les terrains.
Elles doivent également être entraîneuses, arbitres, journalistes, dirigeantes, entrepreneures, communicantes, agentes et professionnelles de tous les métiers de l’industrie sportive.

🌍 Le sport comme pont entre les peuples africains
Cette industrie doit aussi contribuer à rapprocher les pays.
Les sportifs doivent pouvoir circuler.
Les entraîneurs doivent pouvoir partager leurs compétences.
Les journalistes doivent pouvoir couvrir les compétitions à travers le continent.
Les entreprises sportives doivent pouvoir développer leurs activités au-delà des frontières.

Les compétitions peuvent favoriser le brassage et la connaissance mutuelle.
Ce sont les mêmes peuples, les mêmes jeunesses et souvent les mêmes rêves.
Le sport peut ainsi devenir un puissant outil d’intégration africaine et de diplomatie sportive.
Sans entrave inutile, sans animosité, les filles et les fils de l’Afrique doivent pouvoir se rencontrer, travailler, apprendre et construire ensemble.

Aux dirigeants : mettez les moyens
Une véritable industrie sportive ne se construira pas sans financement.
Les États, les collectivités, les entreprises, les banques, les investisseurs et les partenaires privés ont un rôle déterminant à jouer.
Il faut investir dans les infrastructures.
Il faut soutenir les clubs et les fédérations.
Il faut développer la formation.
Il faut financer les compétitions.
Il faut accompagner les médias sportifs.
Il faut soutenir le sport féminin.
Il faut encourager les entreprises et les start-up qui développent des solutions pour le secteur.
Investir dans le sport, c’est investir dans la jeunesse, l’emploi, l’économie et l’image de l’Afrique.

Diplomatie sportive et médiatique
Le sport possède également une force diplomatique considérable.
Un tournoi peut rapprocher deux pays.
Une compétition peut créer des liens entre des jeunesses.
Un journaliste peut raconter une réalité d’un pays à un autre.
Un athlète peut devenir ambassadeur de son pays et du continent.
La diplomatie sportive et la diplomatie médiatique doivent donc être davantage mises au service de l’intégration africaine.
La machine est lancée
Partout en Afrique, le sport bouillonne.
Les talents sont là.
La jeunesse est là.
Le public est là.
Les marchés existent.
Les entrepreneurs arrivent.
Les médias sont présents.
Il reste désormais à structurer et financer cet immense potentiel.

Aucun pays africain ne doit rester en arrière faute de moyens.
La Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Burkina Faso, le Mali, le Ghana, le Nigeria, le Maroc, l’Afrique du Sud, le Kenya, la RDC et tous les autres pays du continent ont chacun une pièce à apporter à cette construction collective.
L’Afrique a la matière première. Il faut maintenant construire l’usine.
Le message porté par Didier Drogba dépasse finalement le seul football.
Il concerne toute l’Afrique.
Construire une véritable industrie sportive africaine, c’est transformer les talents en emplois, les passions en entreprises, les compétitions en opportunités et le sport en moteur de développement.

Et lorsque les filles et les fils de l’Afrique gagnent, c’est toute l’Afrique qui gagne.
Source : SportZone, à l’occasion de la présentation du Bloomfield Review N°3 consacré à l’économie sportive africaine.
🌍 L’Afrique a la matière première. Construisons maintenant l’industrie.
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