Vie de couple: Au cœur du quotidien d’un couple d’handicapés visuels

0
196
« j’ai été le premier étudiant aveugle à l’Université de Ouagadougou »Souleymane Ouédraogo
C’est lors du  baptême de Mouammar  Cheick Bryan Ouédraogo, nouveau- né de la famille Ouédraogo ,un couple vivant avec un handicap visuel que votre informateur numéro 1 dans le domaine du genre, Fasoamazone.net, le 24 mars 2017, a déposé ses valises dans la cour de la famille Ouédraogo. Nous avons tendu notre micro afin d’en savoir plus sur le quotidien de cette famille pour l’information de nos lectrices et lecteurs. Et cela pour un changement de conception à l’endroit de ces personnes.
  • Présentez-vous s’il vous plait
M. Souleymane Ouédraogo avec sa fille aînée Leila en classe de CE2
M. Souleymane Ouédraogo avec sa fille aînée Leila en classe de CE2

Je suis Souleymane Ouédraogo, Juriste de formation et Attaché en études et analyses au Ministère de la justice des droits humains et de la promotion civique(MJDHPC) à Ouagadougou, et Secrétaire général de L’Union-nationale des associations burkinabé pour la promotion des personnes aveugles et malvoyantes (l’U-N/ABPAM) et Secrétaire générale du Réseau nationale des personnes handicapées.

  • Comment vivez-vous votre handicap ?

Il  faut dire que mon handicap a connu des  étapes, ma vie dans mon handicap à traverser d’énormes étapes :

  il y a eu une étape d’apprentissage, parce que je ne suis pas né avec mon handicap. Je suis devenu malvoyant à l’Age de 7ans en 1983, suite à une maladie que l’on appelle le glaucome. Au départ cela m’a beaucoup affecté.  Il faut dire qu’à mon âge je ne m’attendais pas du tout à cela.  j’étais beaucoup limité dans mes actes et je ne pouvais pas m’épanouir comme mes camarades. Cela a d’abord été une souffrance et il a fallu que je me batte pour franchir cette étape. C’était l’étape du deuil de l’handicap que je défini comme la domination du handicap, avec tous ces corolaires liés à la discrimination  et la perception même de mon handicap par mon entourage…

Aujourd’hui je suis fier de moi, avec mon handicap, car j’ai réussi à m’adapter à cette situation. Et maintenant je vis cela avec un certain courage, avec tous les atouts et inconvénients que cela peut engendrer. Je transforme les inconvénients de mon handicap en atout pour pouvoir avancer.

  • Relatez nous votre parcours universitaire

« j’ai été le premier étudiant aveugle de l’Université de Ouagadougou » en 1999- 2000-2001

Au début en 1999, quand je suis allé pour mon inscription à la Faculté de droit et de sciences juridiques et politiques(SJP) jadis UFR des Sciences juridiques et des politiques, cela n’a pas été du tout facile. A chaque fois mon dossier était rejeté. C’est par suite de tractations en tractations, de tracasseries, de concertations entre les membres de la direction. Ce n’est qu’ en 2000(année invalidée) et cela jusqu’en 2001, avec l’aide de Dieu, que l’administration a fini par m’accepter.

Au début, ils  pensaient que c’était juste un fantasme de courte durée, et qu’après j’allais quitter l’université. Mais j’étais tellement décidé à poursuivre mes études,  que j’ai finalement obtenu ma maitrise en droit. Mes camarades m’ont beaucoup aidé, quand ils prenaient les cours sur supports papiers après ils faisaient pour moi des enregistrements vocaux de près d’une trentaine de pages, pour que je puisse apprendre, et lors des évaluations je répondais aux questions de façon vocale et les surveillants se chargeaient de retranscrire mes notes sur papiers pour que les profs puissent ensuite les corriger. Les professeurs n’ont jamais su quelle était ma copie, d’ailleurs même ils n’ont jamais su qu’ils avaient dans leur salle un étudiant aveugle

  • Est-ce que cela à été facile pour vous de trouver du travail ?

-Quand j’étais à la recherche d’emploi je me suis présenté à la fonction publique en 2007 2008 et ils ont rejeté mes dossiers. Je voulais être magistrat, j’étais obligé de passer de tractations en tractations, pour pouvoir le faire. J’ai même failli traduire l’administration en justice. Il faut dire que cela n’a pas du tout été facile. Mais je me suis en sorti.

  • Parlez-nous de votre vie de couple
Le couple Ouédraogo. Monsieur Souleymane et son épouse Safiatou
Le couple Ouédraogo. Monsieur Souleymane et son épouse Safiatou

J’ai connu ma femme depuis 1999 j’étais encore au lycée et elle au primaire, j’étais son encadreur à cette époque à L’ABPAM pour l’apprentissage du braille.

Nous vivons notre vie de couple comme tous les autres couples, avec des moments de plaisir, de joie et de bonheur. Mais aussi des moments  d’incompréhension, mais on arrive aussi à dialoguer pour trouver des compromis. « C’est pas parce que nous sommes des personnes handicapées que notre vie de couple est différente des autres couples »

Madame cuisine très bien et quant c’est la servante qui cuisine automatiquement je sais. Son handicap ne l’empêche pas de jouer efficacement  son rôle d’épouse

  • Quel est le regard de la société sur votre couple ?

Vous faites bien de me poser cette question car une fois il y a un Haut cadre de l’action sociale qui m’a déjà posé la question juste après mon mariage, à savoir pourquoi les personnes handicapées se marient-ils entre eux ? Je lui répond «  le mariage n’est pas une question de complaisance, s’est une question d’amour ».

Moi je dis qu’il ne faut pas se marier à une fille parce qu’elle a de belles jambes,  ou parce qu’elle a  de beaux yeux. « On se marie à une fille parce qu’on l’aime. «  Et si on se marie à une fille handicapée c’est parce que l’on a trouvé son amour chez cette handicapée ».

Le regard des autres au départ n’était pas encourageant mais on a fini par s’imposer et donner l’exemple et dire à ces gens-là que c’est possible. la preuve en est que pour le baptême de mon fils tout le quartier s’est mobilisé pour nous soutenir il y a également la présence de tous les amis ainsi  que de la famille.

  • Vous avez combien d’années de mariage ?

Nous sommes à notre toute première année de mariage mais on vit ensemble depuis plus de 10ans 

  • Pourquoi avoir attendu toutes ces années avant de se marier ?

Il  y a le fait que le regard des amis et de la famille n’était pas très encourageant et à notre niveau aussi on était en train de tester notre capacité à vivre  ensemble.  Et les 10ans nous ont prouvé que finalement nous pouvions vivre ensemble. c’est vraie que notre vie ensemble demande des moyens très couteux car nous avons toujours besoins d’assistance permanente, alors que  les choses ne se font pas gratuitement de nos jours.

Je disais au ministre de la fonction public lors d’un forum sur l’emploi des Etats que compte tenu que nous les handicapés nous avons des dépenses supplémentaires dus à notre handicap, il faut  peut-être envisager des indemnités spécifiques pour tous les fonctionnaires handicapés.

Après monsieur Souleymane Ouédraogo, nous avons tendu notre micro  à son épouse pour qu’elle réponde  à quelques-unes de nos questions

  • Présentez-vous s’il vous plait

Je suis madame Ouedraogo/Compaoré safiatou

Je suis agent de bureau à L’ABPAM

  • Depuis combien de temps avez- vous perdu la vue ?

J’’ai perdu la vue depuis l’enfance à ma classe de CE2 mais cela ne m’a pas empêcher de poursuivre mes études jusqu’à la classe de terminale.

  • Parler nous de vos enfants. comment ils vivent votre handicap ?

-nous avons deux enfant(une fille, un garçon) que nous adorons beaucoup

Les convives au baptême (collègues et amis de L’ABPAM) de leur enfant le vendredi 24 mars 2017
Les convives au baptême (collègues et amis de L’ABPAM) de leur enfant le vendredi 24 mars 2017

Au départ nos enfants se sentaient beaucoup gênés et une fois ma fille Leila m’a dit  : « maman s’il te plait ne vient plus me chercher à l’école car mes camarades se moquent de moi, ils disent que ma maman est ‘’aveugle’’ …» cela l’affectait beaucoup

Aujourd’hui cela ne leur dit plus rien souvent quand je ne me rends pas dans son école à la clôture, Leila se fâche elle me demande pourquoi je ne suis pas venue, que tous les parents de ses camarades étaient tous présents….

  • Quel appel lancez-vous à la société et aux autorités M. Ouedraogo?

Mon message aux autorités est que la femme Handicapée est doublement vulnérable. Nous commémorons chaque années la journée de la femme et les thèmes sont vraiment pittoresques, mais nous sentons que ses thèmes ne sont pas toujours inclusifs de la condition spécifique de la femme handicapée,  parce que si on réglait la condition de la femme en oubliant  l’aspect handicape que celle-ci porte alors naturellement il y aura toujours des problèmes  au niveau de la femme handicapée.je pense qu’il faut toujours intégrer dans les préoccupations générales des femmes le problème spécifique de la femme handicapée lié à la reproduction, lié à la vie de couple ,lié à sa vie avec ses enfants…

Je lance aussi un appel aux autorités que «  compte tenu que nous les handicapés nous avons des dépenses supplémentaires dus à notre handicap, il faut peut-être envisager des indemnités spécifiques pour tous les fonctionnaires handicapés »

A la société c’est de dire qu’un couple de personnes handicapées est un couple comme tous les autres couples, et le ciment du couple n’est pas l’harmonie physique ou la beauté c’est surtout l’entente et la cohésion dans le couple . «  Devant Dieu il n’y a pas de différence entre les couples. Dieu regarde les cœurs, les couples qui s’aiment, qui se comprennent, et qui essaient d’être juste. »

 

Fréderic TIANHOUN

LAISSER UN COMMENTAIRE