Par FasoAmazone.net — L’information au service du genre
« L’excision » : une pratique que Sankara qualifiait d’infériorisation de la femme
Plus de trois décennies après la Révolution d’août 1983, la voix de Thomas Sankara continue de résonner dans les combats pour les droits et la dignité des femmes au Burkina Faso. Parmi les questions auxquelles le père de la Révolution burkinabè s’était attaqué figurait une pratique profondément enracinée dans certaines communautés : l’excision.
Dans une déclaration enregistrée à Ouagadougou le 20 décembre 1983, Thomas Sankara dénonçait sans ambiguïté l’excision des filles. Le document, conservé dans les archives des Nations unies, rapporte sa condamnation de cette pratique qu’il associait à une forme d’infériorisation de la femme.
Pour Sankara, la question dépassait donc le seul cadre de la tradition. Elle touchait directement au droit de la femme à disposer de son propre corps.
Une atteinte à l’intégrité et à la dignité
Dans son analyse, Thomas Sankara établissait une distinction entre la circoncision masculine et l’excision féminine. Il considérait cette dernière comme une pratique qui impose à la fille des limites sur son propre corps et contribue à maintenir une hiérarchie entre les sexes.
Cette lecture rejoint aujourd’hui l’approche fondée sur les droits humains : une fille ne devrait pas subir une intervention irréversible sur son corps au nom d’une norme sociale qu’elle n’a pas choisie.
L’enjeu est d’autant plus important que les mutilations génitales féminines peuvent entraîner des conséquences sanitaires et obstétricales. Des travaux scientifiques menés au Burkina Faso et au Mali ont notamment établi une association entre la sévérité des mutilations et certaines complications gynécologiques et obstétricales.
Une question inscrite dans le combat pour l’émancipation des femmes
La lutte contre l’excision ne peut être dissociée de la conception que Thomas Sankara avait de l’émancipation féminine.
Pour lui, la Révolution ne pouvait véritablement transformer la société sans transformer également la place accordée aux femmes. Cette vision s’est traduite par une plus grande implication des femmes dans la vie politique et sociale et par des actions visant à remettre en cause plusieurs pratiques et rapports sociaux considérés comme sources d’inégalités.
Dans son célèbre discours prononcé devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 4 octobre 1984, Sankara déclarait parler au nom des femmes victimes d’un système d’exploitation imposé par les hommes et appelait à la conquête de leurs droits.
Dans cette perspective, lutter contre l’excision revenait aussi à défendre une idée fondamentale : l’émancipation de la femme commence par la reconnaissance de sa pleine dignité et de son intégrité.
De la dénonciation à l’action
La position exprimée par Sankara ne resta pas au stade du discours. En mars 1985, lors de la Semaine nationale de la femme, le Conseil national de la Révolution engagea une lutte structurée contre l’excision, avec l’objectif d’éradiquer la pratique.
La lutte s’est ensuite poursuivie après la période révolutionnaire. En 1996, le Burkina Faso a adopté une loi faisant de l’excision une infraction pénale, avec des sanctions contre les auteurs et complices.
Cette évolution montre que la lutte contre l’excision s’est progressivement inscrite dans les politiques publiques, la législation, la sensibilisation communautaire et les actions de protection de l’enfant.
Aujourd’hui, le combat continue
L’histoire de la lutte contre l’excision au Burkina Faso rappelle une réalité essentielle : une loi ne suffit pas à elle seule à transformer les mentalités.
La prévention passe également par l’éducation, le dialogue avec les communautés, l’implication des hommes, la responsabilisation des leaders communautaires et religieux, mais surtout par l’écoute et la protection des filles.
Car derrière chaque statistique se trouve une fille, une adolescente, une femme et une histoire personnelle.
La pensée de Thomas Sankara sur cette question garde ainsi une résonance particulière. Son opposition à l’excision s’inscrivait dans une vision plus large de l’émancipation féminine : permettre aux femmes de participer pleinement à la construction de la société, tout en refusant les pratiques qui portent atteinte à leur dignité et à leur intégrité.
L’héritage de Sankara face aux défis d’aujourd’hui
En revisitant les prises de position de Thomas Sankara, une évidence s’impose : le combat contre l’excision n’est pas un combat contre les cultures africaines, mais un combat pour la protection de l’enfant et la dignité humaine.
La question demeure donc actuelle : comment poursuivre l’œuvre de sensibilisation et faire en sorte qu’aucune fille ne soit contrainte de subir une mutilation au nom de la tradition, de la pression sociale ou de la peur du regard des autres ?
Des décennies après les prises de position de Sankara, la réponse appartient à toute la société.
Protéger les filles, respecter leur corps et défendre leur dignité : c’est aussi faire vivre l’idée d’une société plus juste et plus égalitaire.
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Sources : Archives des Nations unies ; travaux historiques sur la politique d’émancipation des femmes sous la Révolution burkinabè ; travaux scientifiques sur les mutilations génitales féminines au Burkina Faso.












